Dans les rues de Pétion-Ville, des travailleuses du sexe affirment que certaines de leurs collègues auraient recours à des pratiques mystiques pour attirer davantage de clients ou écourter la durée des rapports sexuels. Entre croyances populaires, impératifs économiques et précarité grandissante, Ted’Actu est allé à la rencontre de ces femmes afin de comprendre les motivations qui alimentent ces pratiques.

La dégradation des conditions de vie en Haïti pousse un nombre croissant de femmes vers le travail du sexe, souvent présenté par elles comme un moyen de subvenir aux besoins de leur famille. Si certaines disent y être entrées par nécessité, d’autres évoquent la recherche d’une source de revenus rapide. Dans ce milieu où la concurrence est forte, plusieurs stratégies sont mises en œuvre pour attirer ou fidéliser les clients.

Au-delà de leur apparence physique, certaines travailleuses du sexe affirment que des pratiques mystiques occupent désormais une place grandissante dans leur quotidien. Selon plusieurs témoignages recueillis par Ted’Actu, ces rituels auraient pour objectif d’attirer davantage de clients ou de réduire le temps passé avec chacun d’eux afin d’augmenter les revenus.

Une femme de 33 ans, qui a requis l’anonymat, explique que certains clients utilisent des produits censés prolonger leurs performances sexuelles.

« Il arrive que certains hommes viennent chez les prostituées en prétendant être très endurants, alors qu’ils utilisent du “pwa” ou du “Léo Messi”. Ils restent très longtemps avec nous. Nous souffrons parfois de douleurs, mais nous acceptons parce que nous avons déjà été payées », confie-t-elle.

Des témoignages recueillis à Pétion-Ville

Il est près de 19 heures lorsque nous rencontrons Rachel dans la rue Darguin, à Pétion-Ville. Elle s’apprête à commencer sa soirée de travail. Après quelques hésitations, elle accepte de témoigner.

« J’ai entendu les mêmes rumeurs que tout le monde. Je pense que certaines femmes y ont recours parce que certains clients restent très longtemps avec elles. Pendant ce temps, d’autres clients repartent et nous perdons de l’argent », explique-t-elle.

Selon Rachel, les périodes de fêtes patronales, de carnavals ou de grandes manifestations populaires sont les plus rentables. En dehors de ces événements, certaines travailleuses du sexe disent ne gagner que 2 500 gourdes pour une nuit entière, parfois moins.

Le recours au mystique

Les femmes interrogées affirment que certaines de leurs collègues participeraient à des rituels censés leur procurer une protection spirituelle ou améliorer leurs revenus.

Plusieurs d’entre elles expliquent que certains rapports sexuels peuvent provoquer des douleurs physiques, notamment lorsque les clients restent longtemps avec elles. Selon ces témoignages, certaines pensent que des pratiques mystiques permettraient aux clients d’écourter leurs rapports, leur offrant ainsi la possibilité de recevoir davantage de personnes au cours de la nuit.

D’autres affirment que ces rituels auraient pour objectif principal d’attirer davantage de clients.

« Il y en a qui ne tiennent même pas deux minutes », affirme l’une des femmes interrogées.

Des pratiques entourées de secret

Selon une personne qui affirme bien connaître ce milieu, certains praticiens de rituels mystiques demanderaient aux femmes de participer à différentes cérémonies.

Parmi les pratiques évoquées figurent le fait de traverser un feu, de s’asseoir au-dessus de braises ou encore d’utiliser une eau considérée comme spéciale pour leur toilette avant de sortir travailler. Les personnes interrogées reconnaissent toutefois que ces cérémonies demeurent difficiles à documenter en raison du secret qui les entoure.

Une activité marquée par la précarité

À la tombée de la nuit, plusieurs femmes occupent différents points de Pétion-Ville, notamment à proximité de petits hôtels de passe. Selon leurs témoignages, les tarifs varient en fonction du lieu, de l’heure et des services demandés.

Certaines disent accepter des clients à partir de 250 gourdes, tandis que d’autres réclament 500 gourdes ou davantage. Dans les motels ou certains établissements, les prix débutent généralement autour de 1 000 gourdes, notamment en raison du coût de location des chambres. Certaines prestations font également l’objet de suppléments.

Les femmes rencontrées expliquent que l’insécurité, la cherté de la vie, le paiement du loyer, les dépenses quotidiennes et la prise en charge des enfants figurent parmi les principales raisons qui les poussent à exercer cette activité. Plusieurs affirment avoir quitté des quartiers comme Bas-Delmas ou le centre-ville de Port-au-Prince pour s’installer à Pétion-Ville, qu’elles considèrent comme relativement plus sûr.

Une réalité sociale qui interpelle

Les témoignages recueillis montrent que la précarité économique conduit de nombreuses personnes à adopter des stratégies de survie qu’elles n’auraient pas envisagées dans d’autres circonstances.

Qu’elles relèvent de croyances populaires ou de pratiques effectivement mises en œuvre, les méthodes mystiques évoquées par plusieurs travailleuses du sexe soulèvent des interrogations sur les conséquences qu’elles pourraient avoir, tant pour les femmes concernées que pour leurs clients.

Pour plusieurs observateurs, cette réalité mérite d’être étudiée sous les angles social, économique, sanitaire et anthropologique afin de mieux comprendre les mécanismes qui favorisent son développement dans un contexte de crise prolongée.

Share.