Jusqu’où ira l’humiliation des citoyens haïtiens à l’étranger avant que leurs dirigeants ne sortent de leur léthargie ? La diffusion, ce mardi 21 juillet, d’une vidéo montrant un agent de l’immigration dominicaine transportant un ressortissant haïtien sur une motocyclette comme une simple marchandise a, une nouvelle fois, scandalisé l’opinion publique. Mais au-delà de la brutalité des méthodes employées par les autorités dominicaines, c’est surtout l’inaction persistante et le mépris apparent des autorités haïtiennes qui alimentent aujourd’hui la colère.
Alors que ces images dégradantes font le tour des réseaux sociaux et suscitent l’indignation des défenseurs des droits humains, le pouvoir central brille, une fois de plus, par son absence.
Le confort du silence face à l’insulte
Pas un mot. Pas un communiqué. Pas la moindre convocation de l’ambassadeur dominicain. Face à ce qui apparaît comme un affront manifeste à la dignité des citoyens haïtiens, le ministère des Affaires étrangères et le gouvernement préfèrent s’enfermer dans un silence assourdissant.
Ce mutisme chronique n’est plus perçu comme une simple lenteur administrative, mais comme un abandon pur et simple. En renonçant à défendre ses ressortissants, l’État haïtien donne le sentiment de cautionner, par son inaction, les exactions commises à la frontière et de laisser les migrants livrés à un sort inhumain.
Une diplomatie fantôme
Tandis que Saint-Domingue applique une politique migratoire d’une grande fermeté, la diplomatie haïtienne s’illustre par une passivité qui interroge, incapable d’exiger le respect des protocoles bilatéraux et des droits fondamentaux de ses ressortissants.
Pour une large partie de la population, ce silence répété illustre le fossé grandissant entre une classe dirigeante jugée déconnectée et des citoyens abandonnés à eux-mêmes, y compris au-delà des frontières nationales.
Les déportations massives et les dérives dénoncées dans les opérations des services migratoires dominicains ne sont pas nouvelles. Ce qui suscite aujourd’hui une indignation croissante, c’est la perception d’une absence de réaction des autorités haïtiennes face à ces traitements.
Aux yeux de nombreux observateurs, en se murant dans le silence, le gouvernement ne se contente plus de subir la crise : il donne l’image d’un État qui renonce progressivement à défendre la dignité, les droits et la sécurité de ses propres ressortissants.
L’image de ce migrant transporté sur une motocyclette restera comme le symbole d’une double injustice : celle des traitements dénoncés en République dominicaine et celle, tout aussi douloureuse pour beaucoup d’Haïtiens, d’un État dont la réaction continue de se faire attendre.

