La deuxième édition des Journées scientifiques du Fonds BRH pour la Recherche et le Développement (FRD-BRH) s’est ouverte, jeudi 23 juillet, au Karibe Convention Center, autour du thème « La recherche au service du développement : optimiser la production et l’utilisation des connaissances scientifiques ». Réunissant des autorités gouvernementales, des universitaires, des chercheurs et des partenaires institutionnels, cette première journée a porté un message commun : faire de la recherche scientifique un véritable levier d’aide à la décision, d’innovation et de développement durable en Haïti.
La Banque de la République d’Haïti (BRH) a ainsi donné le coup d’envoi de cette deuxième édition, un rendez-vous consacré à la valorisation des travaux de recherche financés par le FRD-BRH et à leur contribution au développement national.
Dans son discours d’ouverture, le gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, a souligné que la production de connaissances constitue aujourd’hui un enjeu de souveraineté. Selon lui, un pays qui ne développe pas ses propres connaissances sur ses réalités est souvent contraint d’adopter des solutions conçues ailleurs.
Le gouverneur a rappelé que le rôle de la Banque centrale ne se limite pas à la stabilité économique et financière. Il a expliqué que la BRH investit également dans le capital intellectuel du pays afin de rapprocher la recherche des politiques publiques, de l’innovation et de l’entrepreneuriat. Il a insisté sur le fait qu’une recherche non exploitée ne produit aucun impact et que les résultats scientifiques doivent être transformés en actions concrètes au bénéfice de la population.
Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a, pour sa part, affirmé que la science offre les moyens de mieux comprendre les défis du pays et de concevoir des solutions adaptées aux réalités haïtiennes. Il a réitéré que le rétablissement de la sécurité demeure la priorité du gouvernement, condition indispensable au développement économique et à l’organisation d’élections libres, honnêtes et démocratiques.
Le chef du gouvernement a également salué le travail des chercheurs soutenus par le FRD-BRH, estimant que leurs travaux contribuent à bâtir une Haïti plus résiliente, innovante et prospère.
Le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Colin, a insisté sur la nécessité de fonder les politiques publiques sur des données fiables et des recherches rigoureuses. Il a indiqué que les plans de relance économique élaborés par le gouvernement, de même que les réformes fiscales en cours, s’inscrivent dans cette approche fondée sur les données probantes.
Selon le ministre, les investissements publics se concentreront notamment dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre lorsque les conditions sécuritaires le permettront. Il a également évoqué les efforts engagés pour renforcer le dispositif national de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Le recteur de l’Université d’État d’Haïti (UEH), le Dr Dieuseul Prédélus, a dressé un état des lieux des principaux défis auxquels est confrontée la recherche en Haïti. Il a notamment cité le manque de financement, l’insuffisance des infrastructures, l’absence d’une politique nationale de la recherche et la faible prise en compte des résultats scientifiques dans l’élaboration des politiques publiques.
Selon lui, Haïti doit renforcer sa souveraineté intellectuelle en produisant des connaissances ancrées dans ses propres réalités et en consolidant les liens entre les universités, l’État et le secteur privé.
Le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Demero, a plaidé en faveur d’une gouvernance fondée sur les données probantes. Il a invité la BRH à renforcer son soutien aux écoles doctorales et à développer des partenariats avec les institutions nationales chargées de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique afin d’améliorer la qualité des travaux produits dans le pays.
L’un des temps forts de cette première journée a été le panel consacré à l’optimisation de la production et de l’utilisation des connaissances scientifiques.
Intervenant au nom de l’Agence nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (ANESRS), le Dr Evens Emmanuel a estimé que produire des connaissances ne suffit pas. Selon lui, la véritable valeur de la recherche réside dans sa diffusion, sa vulgarisation et son appropriation par les décideurs publics ainsi que par les acteurs économiques.
Il a plaidé pour la création de passerelles permanentes entre les chercheurs, les institutions publiques et le secteur privé afin que les résultats scientifiques puissent éclairer les politiques publiques et stimuler le développement économique. Prenant pour exemples le Rwanda, la Corée du Sud, la Chine et la France, il a soutenu que le développement durable repose sur une recherche organisée, financée et pleinement intégrée aux processus décisionnels.
Les interventions de l’architecte Christian Belinga Nko’o et de l’économiste Frédéric Gérald Chéry ont également enrichi les échanges autour du rôle stratégique de la recherche scientifique dans le développement d’Haïti.
Les Journées scientifiques du FRD-BRH se poursuivront jusqu’au 24 juillet avec des conférences, des panels, des présentations de projets financés par le Fonds ainsi que des expositions mettant en valeur les résultats de la recherche haïtienne.

