La lettre de cadrage du projet de budget 2026-2027, adressée par le Premier ministre aux ordonnateurs de l’administration publique, dresse un constat particulièrement préoccupant : après trois années consécutives de récession, l’économie haïtienne commence à peine à amorcer une reprise. Selon les projections officielles, il faudrait attendre environ huit ans, soit jusqu’en 2034, pour que le pays retrouve le niveau de richesse produite en 2018.

Le document, qui fixe les grandes orientations du prochain exercice budgétaire, reconnaît l’ampleur des difficultés auxquelles le pays est confronté. Le prochain budget devra simultanément contribuer à stabiliser une économie fragilisée, soutenir une reprise progressive de l’activité et renforcer l’action de l’État, dans un contexte marqué par des finances publiques fortement contraintes.

La lettre insiste également sur la nécessité de maintenir une discipline budgétaire stricte afin de préserver la stabilité des prix et le fonctionnement du marché des changes.

Une récession qui ralentit, mais une reprise encore très fragile

Les projections présentées dans le document témoignent de l’ampleur du recul économique. Le Produit intérieur brut (PIB) réel s’est contracté de 4,2 % en 2023-2024, puis de 2,7 % en 2024-2025.

Pour l’exercice 2025-2026, le recul devrait être moins marqué, à -1,5 %. Une première croissance positive est ensuite attendue en 2026-2027, mais elle resterait extrêmement faible, à seulement 0,2 %. Elle atteindrait 0,5 % au cours des deux exercices suivants.

En clair, l’économie haïtienne devrait cesser de reculer au même rythme, mais elle demeure encore très loin d’une véritable reprise.

Le ralentissement de la chute ne signifie pas encore un retour à la croissance.

Le chiffre qui interpelle : environ huit ans pour retrouver le niveau de 2018

C’est l’une des données les plus marquantes de la lettre de cadrage.

En 2018, le PIB réel d’Haïti était estimé à environ 658,3 milliards de gourdes. En 2026, il ne serait plus que de 544,1 milliards de gourdes, selon les projections citées dans le document.

Cette différence illustre l’ampleur des pertes accumulées au fil des dernières années, dans un contexte marqué par la succession de crises politiques, sécuritaires et économiques.

La lettre de cadrage envisage, pour la période à venir, un scénario de reprise inspiré de la dynamique observée après le séisme de 2010, avec une croissance moyenne annuelle de 2,6 %.

Même dans cette hypothèse, il faudrait environ huit années pour que le niveau de production retrouve celui enregistré en 2018. Le retour à ce niveau pourrait ainsi intervenir autour de 2034.

Autrement dit, malgré une éventuelle reprise, Haïti pourrait avoir besoin de près de seize ans pour effacer le recul enregistré depuis 2018.

Un budget sous forte contrainte, entre sécurité, élections et services essentiels

La lettre de cadrage inscrit le prochain exercice budgétaire dans un contexte où plusieurs priorités doivent être poursuivies simultanément : rétablir progressivement la sécurité publique, accélérer le processus électoral et garantir la continuité des services essentiels à la population.

À ces impératifs s’ajoute la nécessité de préserver les grands équilibres macroéconomiques, alors que les marges de manœuvre financières de l’État demeurent particulièrement limitées.

Les ordonnateurs des institutions publiques devront ainsi traduire les priorités gouvernementales dans un cadre budgétaire fortement contraint.

Parmi les objectifs affichés figure également le retour à un financement monétaire nul, c’est-à-dire la fin du recours au financement monétaire pour couvrir les besoins de l’État.

Le projet de budget 2026-2027 se présente donc moins comme celui d’une économie déjà engagée sur la voie du redressement que comme celui d’un pays qui tente d’abord de stabiliser la situation et de créer les conditions d’une reprise.

En 2018, Haïti produisait davantage de richesse qu’aujourd’hui. Et, selon les propres projections du gouvernement, il pourrait encore falloir attendre jusqu’en 2034 pour retrouver ce niveau.

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