La Force de répression des gangs (FRG) s’est fixé un objectif précis : réduire considérablement la capacité des groupes armés à contrôler des territoires en Haïti d’ici au 30 septembre 2028. Dans son premier rapport stratégique transmis au Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant spécial de la mission, Jack Christofides, présente une feuille de route basée sur des objectifs mesurables, des indicateurs de performance et un calendrier défini.
Cette stratégie marque une nouvelle approche dans la gestion des missions internationales en Haïti, en mettant l’accent sur des critères d’évaluation concrets.
Lancée le 1er juin 2026, la FRG dévoile ainsi, pour la première fois, un plan opérationnel complet assorti d’une échéance permettant de mesurer ses résultats. Dans un rapport remis le 29 juin au Conseil de sécurité, Jack Christofides détaille les grandes lignes d’une intervention qui doit s’étendre jusqu’au 30 septembre 2028.
Ce document répond aux exigences de la résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité, qui appelait la mission à définir une stratégie de sortie fondée sur des critères objectifs d’évaluation des progrès réalisés.
Trois priorités pour reprendre le contrôle du territoire
La feuille de route de la FRG repose sur trois axes majeurs. Le premier objectif consiste à réduire puis démanteler le contrôle territorial exercé par les groupes armés. La mission prévoit des opérations basées sur le renseignement, menées seule ou en coordination avec la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAd’H).
Les résultats seront notamment évalués à travers plusieurs indicateurs : le nombre de patrouilles réalisées, les barrages démantelés, les nouvelles positions opérationnelles établies, les armes saisies et les arrestations effectuées.
Dans ce cadre, la FRG affirme avoir arrêté 14 présumés membres de gangs lors d’une opération menée à Tabarre le 21 juin. Les suspects ont ensuite été remis à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
Sécuriser les infrastructures essentielles
Le deuxième axe porte sur la protection des infrastructures stratégiques du pays. La mission entend renforcer la sécurité autour de l’aéroport international Toussaint Louverture, des terminaux maritimes, des centres pénitentiaires et des principaux axes routiers, notamment les Routes nationales n°1 et n°9.
Parmi les objectifs annoncés figurent la réouverture durable des corridors d’approvisionnement, l’augmentation de la présence sécuritaire sur ces sites et, à terme, la levée des restrictions imposées par l’Administration fédérale américaine de l’aviation (FAA) concernant les vols à destination de Port-au-Prince.
Vers un renforcement des capacités nationales
Le troisième pilier vise à permettre aux institutions haïtiennes d’assurer elles-mêmes la sécurité du territoire à long terme.
La FRG prévoit une planification conjointe des opérations avec la PNH et les FAd’H afin de favoriser le transfert de compétences et le renforcement des capacités nationales. Cette collaboration doit également contribuer à faciliter l’organisation des élections, l’acheminement de l’aide humanitaire et la lutte contre le trafic d’armes.
Le rapport souligne toutefois que l’échéance du 30 septembre 2028 ne représente pas nécessairement la fin de la crise sécuritaire ni une stabilisation complète du pays. La FRG affirme plutôt vouloir créer les conditions nécessaires pour réduire durablement l’influence des groupes armés, restaurer la confiance de la population envers les institutions et soutenir la reconstruction de l’État avec l’appui de la communauté internationale.
Selon Jack Christofides, la situation actuelle constitue une « opportunité limitée mais décisive » pour inverser la dynamique de violence qui frappe Haïti depuis plusieurs années.

