Une baisse des transferts de la diaspora pourrait accentuer la dépréciation de la gourde, réduire les réserves internationales nettes et aggraver le déficit public en Haïti. Dans une étude publiée en octobre 2026, la Banque de la République d’Haïti (BRH) évalue les effets potentiels d’une contraction de 10 %, de 20 % et de 30 % de ces flux financiers sur un horizon de 24 mois. Les résultats mettent en évidence la vulnérabilité de l’économie haïtienne face aux chocs extérieurs, dans un contexte marqué par le durcissement de la politique migratoire américaine et les incertitudes entourant le statut de protection temporaire (TPS).

Intitulée « Choc des transferts et vulnérabilité macrofinancière en Haïti : les risques liés au TPS », l’étude a été réalisée par Kensley Blaise, Jean Marie Cayemitte et Jean Gardy Victor, du Département de recherche en économie et finance (DREF) de la BRH. Les chercheurs se sont appuyés sur des données mensuelles couvrant la période d’octobre 2004 à septembre 2025. Selon le document, les transferts de la diaspora représentaient environ 17 % du produit intérieur brut (PIB) haïtien en 2024, confirmant leur importance dans le financement de l’économie nationale.

Les simulations font apparaître une aggravation des déséquilibres macrofinanciers à mesure que les transferts diminuent. Dans le scénario d’une baisse de 10 %, la dépréciation moyenne de la gourde atteindrait 0,7 %, les réserves internationales nettes reculeraient de 3 % et le déficit public se creuserait de 71 millions de gourdes. Pour une contraction de 20 %, ces effets s’élèveraient respectivement à 1,6 %, à 6,1 % et à 151 millions de gourdes. Dans le scénario le plus défavorable, marqué par une diminution de 30 % des transferts, la dépréciation moyenne de la gourde atteindrait 2,5 %, les réserves internationales nettes diminueraient de 9,4 % et le déficit public se creuserait de 241 millions de gourdes.

Le taux de change apparaît comme le principal canal de transmission de ce choc. Une diminution des transferts entraîne une réduction des entrées de devises, susceptible d’accentuer les pressions à la baisse sur la gourde. Pour contenir cette dépréciation, la Banque centrale pourrait être amenée à intervenir davantage sur le marché des changes, au risque de puiser dans ses réserves internationales. Par ailleurs, une baisse des revenus des ménages pourrait freiner la consommation et réduire les recettes fiscales, contribuant ainsi à l’aggravation du déficit public.

Les chercheurs évoquent également de possibles pressions sur les prix des produits importés. Ils précisent toutefois que leurs estimations ne permettent pas d’établir un effet statistiquement significatif sur l’inflation. Cette distinction est importante : si une baisse des transferts peut exercer des pressions sur le taux de change et, indirectement, sur les prix, l’ampleur de ses répercussions inflationnistes ne peut être considérée comme démontrée par les résultats du modèle.

Les auteurs soulignent par ailleurs que leurs travaux ne constituent pas une prévision des conséquences directes d’une éventuelle décision américaine concernant le TPS. Le modèle mesure les effets macrofinanciers associés à des variations inattendues des transferts, puis permet de simuler différents scénarios de contraction. L’ampleur d’un éventuel choc dépendrait notamment de l’évolution des revenus des migrants, de leur capacité à maintenir leurs envois d’argent vers Haïti et des mesures adoptées par les autorités économiques nationales.

Face à ces risques, les chercheurs préconisent une approche préventive et coordonnée. Ils recommandent notamment de préserver la capacité d’intervention de la BRH sur le marché des changes, de gérer prudemment les réserves internationales, de mobiliser des financements extérieurs et de maintenir la crédibilité des finances publiques.

Cette étude met ainsi en lumière un enjeu majeur pour Haïti : renforcer la résilience de son économie face aux chocs extérieurs, alors que les transferts de la diaspora demeurent une source essentielle de devises et de revenus pour de nombreux ménages. Une contraction prolongée de ces flux pourrait non seulement fragiliser l’équilibre macrofinancier du pays, mais également accentuer les difficultés économiques auxquelles la population est déjà confrontée.

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