À l’approche de la rentrée scolaire, les marchés devraient normalement être animés par les parents à la recherche de tissus pour confectionner les uniformes de leurs enfants. Entre les rouleaux de cotonnade, les négociations sur les prix et le va-et-vient des clients, cette période constitue habituellement un moment important pour les commerçantes de tissu. Mais cette année, l’ambiance est tout autre. À quelques semaines de la réouverture des classes, les étals restent largement désertés et l’inquiétude gagne les vendeuses.

« Rentrée après rentrée, c’est le même calvaire qui se répète », confie une vendeuse, le visage marqué par la fatigue, au milieu d’un stock qui peine à s’écouler. Les parents viennent s’informer sur le prix du mètre de tissu destiné aux uniformes, demandent quelques précisions, puis repartent souvent sans effectuer d’achat.

Cette morosité s’explique notamment par la dégradation du pouvoir d’achat des ménages. Confrontées à l’inflation et à la hausse du coût de la vie, de nombreuses familles sont contraintes de revoir leurs priorités et de limiter leurs dépenses.

Pour beaucoup de parents, l’écolage, les frais d’inscription et l’achat des fournitures et livres scolaires passent avant le renouvellement des uniformes. Une dépense autrefois considérée comme incontournable à chaque rentrée devient ainsi, pour certaines familles, difficile à assumer.

À cette baisse de la demande s’ajoute la hausse des coûts auxquels sont confrontées les commerçantes. Les frais de transport, les coûts d’importation et les fluctuations de la monnaie locale se répercutent sur les prix de gros et, par conséquent, sur ceux proposés aux consommateurs. Les revendeuses se retrouvent alors prises entre la nécessité de maintenir leurs prix et celle de préserver une marge bénéficiaire.

« Nous ne fixons pas ces prix par plaisir », explique une autre marchande. « Si nous vendons moins cher, nous travaillons à perte et nous ne pourrons pas rembourser les crédits contractés pour constituer notre stock de rentrée. »

Face à des budgets de plus en plus serrés, les parents d’élèves cherchent des solutions moins coûteuses. Certains préfèrent réparer ou ajuster les anciens uniformes de leurs enfants. D’autres optent pour les vêtements déjà confectionnés, la friperie ou les tenues de seconde main, jugées plus accessibles que l’achat de tissu au mètre, auquel s’ajoutent les frais de confection chez le tailleur ou la couturière.

Cette évolution des habitudes de consommation inquiète les commerçantes de tissu. La période de la rentrée scolaire représente traditionnellement une importante source de revenus pour elles, leur permettant notamment de compenser les périodes de faible activité et de faire face aux dettes contractées au cours de l’année.

À mesure que la rentrée approche, les étals peu fréquentés témoignent des difficultés auxquelles sont confrontées ces commerçantes. Entre baisse de la demande, hausse des coûts et endettement, elles espèrent encore une reprise des ventes dans les derniers jours précédant la réouverture des classes.

Pour ces femmes qui dépendent largement de cette activité, l’enjeu dépasse ainsi la seule saison scolaire : il s’agit de préserver leur commerce et leurs moyens de subsistance dans un contexte économique particulièrement difficile.

Share.