Les circonstances de l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse continuent d’être examinées par la justice américaine. Les déclarations de l’ancienne Première dame Martine Moïse et les propos attribués à James Solages font notamment apparaître des divergences sur le déroulement de l’attaque du 7 juillet 2021, en particulier sur le moment où les premiers coups de feu auraient été tirés.
Selon les éléments rapportés par le journaliste James Pierre, qui suit les audiences à Miami, Martine Moïse a expliqué devant la justice qu’elle se trouvait dans son lit lorsque des tirs ont retenti à l’extérieur de la résidence présidentielle. Son époux, qui travaillait dans le bureau aménagé dans leur chambre, aurait alors commencé à appeler plusieurs responsables, dont Dimitri Hérard et Léon Charles, l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), afin d’obtenir de l’aide.
L’ancienne Première dame a également indiqué être descendue pour mettre ses enfants à l’abri avant de remonter à l’étage. Selon son récit, le président continuait de solliciter différents responsables et unités de police alors que la situation se dégradait.
James Solages évoque une autre chronologie
De son côté, James Solages, l’un des hommes impliqués dans l’opération et condamné par un tribunal fédéral américain en mai 2026, aurait affirmé dans un message vocal transmis le 7 juillet 2021 à Joseph Vincent, puis destiné à un contact présenté comme lié à la Drug Enforcement Administration (DEA), que la mission du groupe consistait à arrêter le président plutôt qu’à le tuer.
Dans cet enregistrement, selon les informations rapportées par James Pierre, Solages soutient que des coups de feu avaient déjà été tirés à l’intérieur de la résidence avant l’arrivée du groupe. Il évoque également une petite porte située à l’arrière de la maison, qu’il aurait trouvée ouverte.
Ces propos présentent une chronologie différente de celle décrite par Martine Moïse concernant le début de l’attaque. Ils soulèvent des interrogations sur les premières minutes de l’opération et sur les informations dont disposaient les différents protagonistes.
Toutefois, ces déclarations doivent être replacées dans leur contexte et confrontées aux autres éléments du dossier. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à établir avec certitude la séquence exacte des événements.
Des échanges qui interrogent sur les objectifs de l’opération
D’autres éléments évoqués dans les informations rapportées par James Pierre concernent des messages attribués à James Solages après l’attaque. Celui-ci aurait écrit à un contact identifié comme Jimmy Thompson, au Texas, que la première phase de l’opération était terminée, avant d’indiquer que le groupe se trouvait dans une situation difficile.
La signification de ces messages, leur contexte et leur éventuelle portée dans la préparation de l’opération constituent des éléments à examiner au regard des autres preuves présentées à la justice.
L’existence de ces échanges ne permet pas, à elle seule, de déterminer précisément ce que les participants entendaient par « première phase », ni de tirer une conclusion définitive sur les intentions de chacun.
John Joël Joseph évoque des réunions préparatoires
Le témoignage de l’ancien sénateur haïtien John Joël Joseph apporte un autre éclairage sur les préparatifs de l’opération.
Selon les éléments rapportés, il a évoqué une réunion organisée le 6 avril 2021 autour de Christian Emmanuel Sanon, en présence notamment de James Solages, d’Arcangel Pretel Ortiz et d’un participant identifié sous le prénom de Tony. Les discussions auraient porté sur le recours à des groupes armés, l’acquisition d’armes et les moyens de mener une opération visant Jovenel Moïse.
John Joël Joseph aurait également affirmé que Jean Laguel Civil transmettait à Sanon des informations sur les déplacements du président. Il aurait, par ailleurs, évoqué des sommes versées par CTU Security à Vitel’Homme Innocent, notamment pour répondre à des besoins en munitions.
Ces éléments, tels qu’ils sont rapportés, doivent être attribués à leur source et confrontés aux pièces du dossier avant toute conclusion sur les responsabilités individuelles des personnes citées.
Des responsabilités toujours au cœur des procédures judiciaires
L’assassinat de Jovenel Moïse, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 dans sa résidence privée à Pèlerin, près de Port-au-Prince, a donné lieu à plusieurs procédures judiciaires en Haïti et aux États-Unis.
Le 8 mai 2026, un jury fédéral à Miami a reconnu quatre hommes coupables de leur rôle dans le complot ayant conduit à l’assassinat du président, dont James Solages, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et Arcangel Pretel Ortiz. Christian Emmanuel Sanon fait l’objet d’une procédure distincte.
La confrontation des témoignages, l’examen des communications et l’analyse des préparatifs présumés de l’opération demeurent essentiels pour comprendre les différentes étapes du complot et établir les responsabilités des personnes impliquées.
Au-delà des divergences entre les récits, l’enjeu judiciaire consiste à déterminer, à partir des preuves disponibles, comment l’opération a été préparée, comment elle s’est déroulée et quelle a été la contribution de chacun à l’assassinat du président haïtien.

