En mars dernier, le directeur général du Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), Daril Baltazar, lançait en grande pompe le programme « Konbit Haïti Zéro Déchet ». L’objectif affiché était d’impulser une nouvelle dynamique dans la gestion des déchets solides à l’échelle nationale. Cinq mois plus tard, quel bilan peut-on dresser des engagements pris par la direction du SNGRS ?
En collaboration avec le ministre de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, et les maires de plusieurs communes de la région métropolitaine de Port-au-Prince, le directeur général du SNGRS avait lancé cette initiative le 18 mars, aux abords de l’aéroport international Toussaint-Louverture. L’ambition affichée était alors de rationaliser et d’optimiser la collecte des déchets dans le pays.
Près de cinq mois plus tard, le constat demeure mitigé. Pour de nombreux citoyens et observateurs, le programme « Konbit Haïti Zéro Déchet » n’a pas encore produit les résultats escomptés. Dans la zone métropolitaine, plusieurs grandes artères restent jonchées d’immondices, notamment dans les secteurs de Gérald-Bataille, Maïs-Gâté et Pétion-Ville, entre autres.
Certains habitants déplorent ainsi l’absence, selon eux, d’une véritable politique publique de salubrité et considèrent le programme davantage comme une opération de communication que comme une réponse durable à la problématique des déchets.
D’autres observateurs se montrent toutefois plus nuancés. Ils soulignent notamment que certains dépotoirs sauvages situés dans la commune de Delmas, notamment à Delmas 33 et Delmas 75, ont fait l’objet d’opérations de nettoyage. Afin d’éviter que ces espaces ne redeviennent rapidement des points de déversement d’ordures, le SNGRS y a également réalisé certains aménagements, notamment à l’aide de pneus peints et disposés sur les lieux.
Pour la majorité des personnes interrogées, ces interventions demeurent cependant insuffisantes au regard des attentes suscitées par le programme. « Haïti Zéro Déchet » reste, pour l’heure, un objectif loin d’être atteint. La gestion durable des déchets, estiment-elles, nécessiterait une véritable synergie entre la population, les collecteurs privés formels et informels, les institutions publiques, ainsi qu’un changement de paradigme fondé sur une politique nationale cohérente de salubrité.
Alors que les résultats du programme apparaissent encore limités au regard des ambitions affichées lors de son lancement, l’équipe du SNGRS tente déjà de réorienter son action avec une nouvelle initiative baptisée « katye pa m pi bèl ». À travers ce programme, le directeur général multiplie les appels au civisme et exhorte les citoyens à adopter de meilleures pratiques dans la gestion de leurs déchets ménagers.
Mais la gestion efficace des déchets en Haïti, particulièrement dans les grandes agglomérations, dépasse largement le cadre d’un slogan ou d’une initiative ponctuelle. Elle nécessite une politique publique durable, accompagnée d’une véritable éducation citoyenne et d’une coordination entre les différentes institutions concernées, notamment le ministère de l’Environnement, le ministère de la Santé publique, les municipalités et les directions territoriales compétentes.
Cinq mois après le lancement de « Konbit Haïti Zéro Déchet », la question demeure donc entière : le programme parviendra-t-il à transformer durablement la gestion des déchets en Haïti, ou restera-t-il une initiative parmi tant d’autres confrontées aux mêmes difficultés structurelles ?

