Alors que la Banque de la République d’Haïti met en avant plusieurs indicateurs traduisant une relative stabilité macroéconomique, notamment une inflation ramenée à 20,6 %, un taux de change maintenu autour de 130 gourdes pour un dollar américain et plus de 1,27 milliard de dollars de transferts de la diaspora au deuxième trimestre, l’économie réelle continue de subir les effets dévastateurs de l’insécurité. L’activité productive recule, la pauvreté s’aggrave et plus de 5,8 millions d’Haïtiens font face à l’insécurité alimentaire, révélant un écart persistant entre les équilibres financiers et les conditions de vie de la population.
Dans sa note de politique monétaire du deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2025-2026, la BRH souligne que plusieurs indicateurs macroéconomiques demeurent relativement solides, malgré un contexte national et international particulièrement difficile.
Les transferts privés de la diaspora ont atteint 1,269 milliard de dollars américains entre janvier et mars 2026, soit une hausse de 1,9 % par rapport au trimestre précédent. Sur les six premiers mois de l’exercice fiscal, ces flux dépassent 2,5 milliards de dollars, confirmant leur rôle central dans le soutien de l’économie haïtienne.
Cette importante entrée de devises, combinée aux interventions de la banque centrale sur le marché des changes, a permis de maintenir le taux de référence autour de 130,7 gourdes pour un dollar américain, limitant ainsi les pressions sur la monnaie nationale.
La BRH indique également que les réserves internationales couvrent désormais plus de sept mois d’importations, un niveau jugé relativement confortable dans le contexte haïtien.
Une inflation en recul, mais toujours pesante
L’autre signal positif mis en avant par la banque centrale concerne le ralentissement de l’inflation. Après avoir atteint 25 % en décembre 2025, le taux d’inflation annuel est descendu à 20,6 % en mars 2026.
Cette décélération est attribuée aux mesures de reprise des liquidités excédentaires mises en œuvre par la BRH ainsi qu’à une relative stabilité du marché des changes.
Cependant, cette amélioration reste fragile. La hausse des prix des carburants décidée par les autorités à la fin du mois de mars pourrait raviver les pressions inflationnistes. Le gallon de gazoline est passé à 725 gourdes, tandis que le diesel et le kérosène atteignent respectivement 850 et 845 gourdes.
Une économie réelle en contraction
Derrière ces indicateurs financiers, l’économie réelle demeure en difficulté. Selon les données de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique, l’activité économique s’est contractée de 1,1 % au premier trimestre de l’exercice fiscal. Les trois grands secteurs, primaire, secondaire et tertiaire affichent tous un recul.
Le Fonds monétaire international prévoit par ailleurs une nouvelle contraction du produit intérieur brut haïtien de 1,4 % en 2026, faisant du pays l’une des rares économies de la région encore en récession.
L’insécurité comme principal facteur de blocage
La principale contrainte à la reprise économique reste l’insécurité persistante. La BRH rappelle que les violences armées continuent de provoquer des déplacements massifs de population. Selon les données de l’Organisation internationale pour les migrations, près de 1,45 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays.
Cette situation affecte directement les zones agricoles et contribue à l’aggravation de la crise alimentaire. Les dernières analyses estiment que 5,83 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population étudiée, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë, dont 16 % en urgence.
Un secteur bancaire résilient malgré la crise
Malgré un environnement économique et sécuritaire dégradé, le secteur bancaire affiche une certaine résilience.
L’actif total du système bancaire a progressé de 2,5 %, tandis que les dépôts ont augmenté de 3,3 %, pour atteindre plus de 611 milliards de gourdes. Les banques ont également dégagé un bénéfice net de 2,56 milliards de gourdes sur la période.
Cependant, le volume du crédit à l’économie continue de reculer, traduisant la prudence des entreprises et des ménages face à l’incertitude.
Une stabilité encore fragile
Pour les prochains mois, la BRH entend poursuivre une politique monétaire prudente afin de contenir l’inflation et préserver la stabilité du taux de change. Elle prévoit également de renforcer son soutien aux petites et moyennes entreprises, notamment à travers le programme Booster PME III.
Mais au-delà des performances macroéconomiques, le défi demeure entier : sans amélioration durable de la situation sécuritaire, les gains enregistrés sur le plan monétaire risquent de rester sans effet réel sur les conditions de vie de la population.

