Donner la vie reste, pour de nombreuses femmes, une expérience à haut risque. Faute d’accès à des soins obstétricaux adéquats, près de 40 % des accouchements en Haïti se déroulent sans l’assistance de personnels qualifiés, exposant mères et nouveau-nés à des complications souvent évitables.
Ce mardi 5 mai, à l’occasion de la Journée internationale des sages-femmes, l’Association des Sages-Femmes d’Haïti (ASFH), en partenariat avec plusieurs institutions, a organisé une cérémonie commémorative autour du thème : « Un million de sages-femmes de plus : pas de santé maternelle sans sage-femme ». Une manière d’attirer l’attention sur un secteur fragilisé, dans un contexte national marqué par l’insécurité, la pauvreté et la dégradation du système de santé.
Selon des données remontant à 2006, environ 4 accouchements sur 10 ont lieu sans encadrement médical qualifié dans le pays. « Cette carence a des conséquences dramatiques sur la santé maternelle et infantile », a alerté Yves Carmelle Fanfan, présidente de l’ASFH. Elle plaide pour un renforcement de la formation, mais aussi pour une meilleure répartition des Sages-Femmes, aujourd’hui concentrées dans certaines zones urbaines.
Au-delà de l’accouchement, les besoins en santé reproductive restent largement insatisfaits. Un tiers des femmes n’ont pas accès aux services de planification familiale, augmentant les risques de grossesses non désirées et de complications. À l’échelle mondiale, le déficit est estimé à un million de sages-femmes, une pénurie qui se fait particulièrement sentir en Haïti.
Les conséquences sont lourdes : le pays enregistre plus de 500 décès maternels pour 100 000 naissances, l’un des taux les plus élevés de la région. Des décès, souvent évitables, qui fragilisent durablement les familles et les communautés.
« Investir dans le secteur des Sages-Femmes n’est pas une option, c’est une obligation », a insisté Nadèche Daudier Denis, doyenne de l’Institut national supérieur de formation de Sages-Femmes (INSFSF). Elle rappelle qu’une sage-femme qualifiée peut assurer jusqu’à 90 % des soins essentiels en santé maternelle et néonatale, et contribuer à réduire de manière significative la mortalité.
Dans un pays où l’accès aux structures de santé demeure inégal, la question de la présence et de la formation des sages-femmes apparaît plus que jamais comme un enjeu de santé publique.


