Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) dresse un bilan particulièrement lourd des violences perpétrées à Kenscoff en juillet et août 2026. Selon son rapport d’enquête, deux massacres attribués à des membres de la coalition armée « Viv Ansanm » ont fait au moins 164 morts, en plus de dizaines de disparus, de blessés et de personnes enlevées. Des maisons et des véhicules ont également été incendiés, tandis que des centaines de familles ont été contraintes de fuir leurs zones de résidence.
Selon le rapport du RNDDH, la première attaque s’est produite dans la nuit du 7 au 8 juillet 2026, principalement dans la 5e section communale de Grand-Fond ainsi que dans plusieurs zones de Robin, notamment Dèyè Savann, Marothière et Grand-Place. Les assaillants auraient bloqué plusieurs axes routiers à l’aide de troncs d’arbres, avant de s’en prendre aux habitants. Le rapport indique également que certains cadavres auraient été utilisés comme barricades.
Les violences se seraient ensuite étendues au camp Afè Nèg Combit (ANC), un site accueillant des personnes déplacées. Plusieurs victimes y auraient été tuées par balles ou auraient péri dans l’incendie du bâtiment, selon les témoignages recueillis par le RNDDH.
Le deuxième massacre s’est déroulé dans la nuit du 23 au 24 août 2026. D’après l’organisation de défense des droits humains, l’opération aurait été minutieusement préparée. Les assaillants auraient notamment utilisé des drones à des fins de surveillance ainsi que des éclaireurs chargés d’observer les mouvements des forces de l’ordre.
Partis notamment de Viard, Godet et Furcy, les groupes armés auraient progressé en direction du centre-ville, en menant parallèlement des actions de diversion. Ils auraient finalement atteint plusieurs secteurs, dont Villier et Kafou Malè, à proximité du commissariat et de la mairie.
Le RNDDH rapporte que cette deuxième attaque a fait de nombreuses victimes civiles, y compris parmi des personnes qui avaient cherché refuge dans des lieux considérés comme sûrs. Des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées auraient été tués, tandis que plusieurs maisons ont été incendiées.
L’organisation fait également état de cas de violences sexuelles, dont celui d’une fillette âgée de 12 ans, ainsi que de plusieurs enlèvements. Selon le rapport, la résistance de policiers présents sur place, appuyés par certains membres de la Brigade communale de Kenscoff (BRICK), aurait empêché les assaillants de prendre le contrôle du commissariat.
164 morts, 23 blessés et 71 personnes enlevées
Au terme de son enquête, le RNDDH affirme avoir recensé 164 personnes assassinées, dont 21 âgées de 65 à 90 ans, 36 femmes et 7 enfants.
L’organisation fait également état de 23 personnes blessées et de 71 personnes enlevées, ainsi que de dizaines d’autres toujours portées disparues. Cinq personnes portées disparues auraient toutefois pu être retrouvées par les enquêteurs du RNDDH.
L’organisation précise avoir recueilli les témoignages des proches de 127 victimes, soit environ 77,4 % des 164 personnes assassinées recensées dans son enquête.
Le dispositif sécuritaire pointé du doigt
Dans son rapport, le RNDDH relève également plusieurs failles dans le dispositif de sécurité mis en place à Kenscoff. L’organisation rappelle que plusieurs unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti (PNH) avaient été déployées dans la commune avant que certaines d’entre elles, notamment l’UTAG et le BOID, ne soient rappelées.
Selon le RNDDH, ce retrait aurait entraîné une réduction de 60 % des effectifs affectés à la sécurité de la juridiction.
L’organisation indique par ailleurs que le responsable du commissariat de Kenscoff avait adressé, les 27 et 28 juillet, des demandes de renforcement en véhicules blindés et en personnel. D’après le rapport, ces demandes n’auraient pas donné lieu à des mesures suffisantes avant l’attaque du mois d’août.
Dans ses commentaires, le RNDDH estime que les autorités auraient dû tenir compte des informations faisant état d’une menace imminente et procéder à un renforcement préventif du dispositif de sécurité dans la commune.
Des interrogations autour de la BRICK
Le RNDDH appelle également à faire la lumière sur les circonstances entourant une rencontre tenue le 23 août entre des représentants de la mairie et des membres de la Brigade communale de Kenscoff. Au cours de cette rencontre, plusieurs brigadiers auraient été désarmés ou invités à quitter leurs positions, selon le rapport.
Enfin, l’organisation signale qu’une nouvelle attaque a été enregistrée dans la nuit du 13 au 14 septembre 2026, dans les zones de Viard 1 et Viard 2. Pour le RNDDH, cet épisode témoigne de la persistance de l’insécurité à Kenscoff et de la vulnérabilité persistante des populations civiles.

