25 infirmières lauréates des examens d’État intègrent le système de santé haïtien
Cancer en Haïti : une bombe sanitaire ignorée
Lors d’une intervention sur Magik9 ce jeudi 5 février, le Dr Joseph Bernard Jr a dressé un constat alarmant sur la situation du cancer en Haïti. Chaque année, le pays enregistre environ 13 000 nouveaux cas et plus de 9 000 décès, dans un contexte marqué par l’absence de registre national du cancer, des diagnostics tardifs et surtout l’inexistence d’un service oncologique public fonctionnel, rendant la maladie particulièrement meurtrière.
Le cancer résulte d’une multiplication anarchique de cellules formant une tumeur maligne, capable de croître et de se propager à d’autres parties du corps : c’est ce qu’on appelle la métastase. Lorsque la maladie atteint des organes vitaux comme les poumons, le foie ou les os, les douleurs deviennent intenses et les chances de survie diminuent fortement. En Haïti, la majorité des patients consultent à un stade avancé, compliquant considérablement la prise en charge.
Selon les estimations du Global Cancer Observatory, les femmes représentent 80 à 85 % des patients atteints, contre 15 à 20 % d’hommes. Le cancer du sein arrive en tête, représentant 40 à 45 % des cas, suivi des cancers gynécologiques, notamment le cancer du col de l’utérus. Chez les hommes, le cancer de la prostate est le plus fréquent. D’autres formes sont également observées : cancers digestifs, du foie, du sang et des ganglions. Cette répartition s’explique en partie par la nature des services disponibles et les parcours de soins inégalement accessibles.
Le Dr Bernard souligne que plus de 80 % des cancers sont liés à des facteurs évitables : tabagisme, alcool, surpoids, infections comme le HPV ou les hépatites B et C, et expositions environnementales nocives. Les facteurs héréditaires ne représentent que 10 à 15 % des cas, ce qui fait de la prévention et du dépistage précoce des outils essentiels. Pourtant, seuls quelques cancers bénéficient de stratégies de dépistage accessibles à la population.
La prise en charge du cancer repose normalement sur trois piliers : chirurgie, traitements médicaux (chimiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie) et radiothérapie. Or, cette dernière n’existe toujours pas en Haïti, rendant les traitements incomplets et souvent inefficaces. Plus grave encore, aucun hôpital public ne dispose actuellement d’un département oncologique, depuis la fermeture du dernier service en 2020. Les patients dépendent essentiellement de cliniques privées et de quelques ONG, dans un système de santé largement dépassé par l’ampleur de la maladie.