Fritz Jean dénonce une prise de pouvoir par le secteur privé à la veille de son départ
Alors que des rumeurs persistantes évoquent des tensions internes au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), son coordonnateur actuel, Fritz Alphonse Jean, se veut rassurant : la rotation prévue à la tête de l’institution sera respectée. Il affirme être prêt à passer le flambeau à Laurent Saint-Cyr, comme le prévoit l’accord de gouvernance tournante.
Mais derrière cette apparente sérénité, l’économiste tire une véritable sonnette d’alarme : avec un Premier ministre et un futur président tous deux issus du même secteur privé, Haïti court, selon lui, le risque d’une “capture totale” du pouvoir par des intérêts économiques qu’il juge en partie responsables de la crise actuelle.
« C’est normal, comme tout citoyen, que j’exprime mes préoccupations. Les deux branches du pouvoir seront désormais dirigées par le secteur privé », déclare-t-il dans une interview accordée à Radio Métropole, ce lundi 4 août.
Un avertissement contre une concentration du pouvoir
Ancien gouverneur de la Banque centrale, Fritz Jean ne mâche pas ses mots. Il accuse une frange de l’élite économique d’avoir contribué au chaos ambiant, évoquant ses propres travaux sur la “capture de l’État”, publiés depuis plus d’une décennie. Il estime qu’un duopole formé par Alix Didier Fils-Aimé (Premier ministre) et Laurent Saint-Cyr (futur président du CPT) serait une grave menace pour l’équilibre démocratique et la crédibilité du processus de transition.
Vive réaction aux propos du Département d’État
Par ailleurs, M. Jean critique vertement les récentes déclarations du Département d’État américain, qui évoquait un “complot” pour écarter le Premier ministre. Il rejette cette version, y voyant une forme d’ingérence, et défend le droit du CPT de remettre en question, voire de remplacer, le chef du gouvernement si besoin.
« Ce n’est pas un complot, c’est notre responsabilité. C’est une prérogative du Conseil présidentiel », tranche-t-il, visiblement agacé par la lecture américaine des faits.
Une transition à haut risque
En théorie, la présidence tournante du CPT devait assurer un partage équitable du pouvoir entre les différentes forces du pays. Mais les propos de Fritz Jean jettent une lumière crue sur les fractures internes de l’organe de transition. Son intervention, à quelques jours de son départ, vient fragiliser l’axe Saint-Cyr / Fils-Aimé, perçu comme trop aligné sur les intérêts d’une élite économique.
Dans un contexte de crise humanitaire, d’insécurité généralisée et d’attentes sociales immenses, l’idée d’un pouvoir capturé suscite de fortes inquiétudes dans l’opinion. Le message de Fritz Jean sonne comme un dernier avertissement : sans vigilance, la transition pourrait perdre toute légitimité.