
Dans un contexte économique miné par l’insécurité grandissante et des tensions sociales récurrentes marquées notamment par des grèves à répétition, les transferts privés, en particulier les remises migratoires, ont une fois de plus joué un rôle crucial dans le soutien de l’économie haïtienne. C’est ce que révèle la dernière note de politique monétaire publiée cette semaine par la Banque de la République d’Haïti (BRH).
Selon ce document, les envois de fonds effectués par les Haïtiens vivant à l’étranger entre octobre et décembre 2024 se sont élevés à 1,093,89 milliard de dollars américains, soit une hausse significative de 12,3 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Ce flux massif de devises, injecté sans contrepartie dans l’économie nationale, a contribué à atténuer les effets d’un déficit commercial toujours plus alarmant, lequel a atteint 980,94 millions de dollars, en hausse de 4 % sur un an. Cette dégradation s’explique par une hausse modérée des importations (+0,7 %) et une chute marquée des exportations (-13,6 %). La vigueur des transferts a donc permis de limiter les dégâts.
Sur le marché des changes, cet afflux de devises a contribué à alléger la pression sur le dollar américain. Combinée à une demande moins soutenue, cette situation a favorisé une relative stabilité du taux de change, maintenue depuis octobre 2023. Au 31 décembre, le taux de référence de la BRH s’élevait à 130,3313 gourdes pour un dollar.
Du côté des finances publiques, la BRH souligne une augmentation de plus de 14 % des recettes fiscales, en dépit d’un climat perturbé, notamment par la paralysie partielle de la Direction générale des impôts (DGI). À la fin décembre, les ressources disponibles de l’État étaient estimées à 101,58 milliards de gourdes.
Les dépenses publiques ont, quant à elles, bondi de 30,5 %, atteignant 44,24 milliards de gourdes, soit 38 % des décaissements totaux. Cette gestion budgétaire maîtrisée a permis au Trésor public de dégager un excédent et de rembourser 3,62 milliards de gourdes à la BRH, conformément à l’engagement pris par les autorités dans le cadre de leur programme avec le FMI visant le financement monétaire zéro.
Mais la dynamique pourrait s’inverser. La résurgence des violences à Port-au-Prince, ces dernières semaines, laisse présager des perturbations plus sévères pour l’économie nationale. La prochaine note de politique monétaire de la BRH pourrait bien présenter des chiffres beaucoup moins encourageants.
D.D