Le quartier de Roben, dans la commune de Kenscoff, a sombré dans l’horreur après une violente attaque menée par des groupes armés dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 juillet 2026, vers 1 heure du matin. Depuis plusieurs jours, les témoignages décrivent une scène apocalyptique où des dizaines de corps gisent dans les rues, les cours des maisons et les bois environnants. Le bilan humain demeure impossible à établir en raison de l’insécurité qui empêche tout accès à la zone. Jusqu’à présent, les autorités ne sont pas en mesure de communiquer de chiffres officiels.
Selon plusieurs habitants ayant réussi à fuir, des femmes, des enfants, des personnes âgées et de nombreux jeunes figurent parmi les victimes. Certaines femmes, enceintes de seulement quelques jours, ont été contraintes de fuir sans savoir où trouver refuge. Plusieurs familles sont toujours sans nouvelles de leurs proches, tandis que d’autres découvrent progressivement l’ampleur du drame en retrouvant les corps de membres de leur famille dans les zones ravagées par les violences.
Des familles résidant à Pétion-Ville ou à Delmas sont également sans nouvelles de leurs proches, dispersés dans la nature pour échapper à la terreur imposée par les groupes armés. Au-delà de Roben, les habitants de Marottière, Lefèvre et Dimisseau ont eux aussi été contraints d’abandonner leurs maisons par crainte d’être à leur tour pris pour cible. Un chauffeur de moto affirme que les tirs provenant de Roben atteignent même Dimisseau, une localité située à quelques kilomètres.
Des témoins rapportent que les assaillants auraient utilisé certains cadavres pour ériger des barricades afin de ralentir toute tentative d’intervention. Ils auraient également abattu des arbres et obstrué les routes afin d’empêcher les forces de l’ordre d’accéder aux lieux. Plusieurs maisons ont été incendiées et pillées, contraignant les survivants à abandonner tous leurs biens pour chercher refuge dans des localités voisines.
« Ils ont incendié ma maison ainsi que celles de deux de mes fils. Nous n’avons rien pu sauver. Depuis plus de deux jours, je suis réfugiée dans les bois. Maintenant, j’essaie d’atteindre Fermathe, mais je ne sais pas combien de temps il me faudra pour y arriver. Mon mari est même tombé en syncope alors qu’il circulait à moto, sous le choc », confie une septuagénaire, en larmes. « M poko janm wè bagay sa yo depi m la », ajoute-t-elle.
Parmi les victimes figureraient plusieurs élèves qui devaient passer les épreuves du baccalauréat la semaine prochaine. C’est notamment le cas du fils aîné du pasteur Voguel Dorléan qui, selon plusieurs témoignages, aurait été tué avec son père avant que leurs corps ne soient brûlés sous les yeux de membres de leur famille. Le pasteur Edner Blanc, notable de la zone et recherché par les assaillants, aurait quant à lui échappé de justesse à l’attaque.
Ces jeunes, qui consacraient leurs journées aux révisions dans l’espoir d’obtenir leur diplôme, ont vu leur avenir brutalement anéanti avant même le début des examens.
La disparition de ces candidats plonge le monde éducatif dans une profonde consternation. Enseignants, camarades de classe et responsables d’établissements scolaires expriment leur douleur face à cette tragédie qui prive le pays d’une génération de jeunes porteurs d’espoir et de projets.
Pendant ce temps, de nombreuses familles poursuivent leurs recherches pour retrouver des proches disparus. Certaines ignorent encore si les leurs ont réussi à fuir ou s’ils figurent parmi les victimes. L’absence de bilan officiel entretient l’angoisse et laisse les survivants dans une attente insoutenable. Les appels au secours lancés jusqu’ici seraient restés sans réponse. Les forces de l’ordre ne parviennent toujours pas à accéder aux lieux du massacre. Des policiers arrivés à proximité de la zone, un jour après les attaques, tenteraient encore de repousser les groupes armés, sans succès.
Des organisations locales ainsi que plusieurs citoyens lancent un appel pressant aux autorités afin que des mesures soient prises pour sécuriser la zone, porter assistance aux personnes déplacées et permettre la récupération des corps. Ils réclament également l’ouverture d’une enquête pour établir les responsabilités dans cette nouvelle tragédie. Certains habitants soupçonnent déjà l’existence de complicités locales ayant facilité l’action des groupes armés contre cette communauté qui vivait autrefois dans le calme.
À Roben, le silence qui succède aux tirs est désormais celui du deuil. Derrière chaque corps abandonné se cache une famille brisée, un enfant privé de ses parents, une mère disparue ou un élève dont le rêve de réussir le baccalauréat s’est éteint avant même de pouvoir s’asseoir devant sa copie d’examen. Le sang a remplacé l’espoir, laissant une communauté entière plongée dans la douleur et l’incertitude.

