Invité ce mardi 25 août sur Magik 9, le porte-parole de Fanmi Lavalas, Jodson Durogène, a refusé d’attribuer à son parti une quelconque responsabilité politique dans la gestion de la crise sécuritaire, malgré la présence d’un représentant de la formation au sein du gouvernement.
Mais alors, où commence et où s’arrête la responsabilité politique de Fanmi Lavalas dans un gouvernement auquel le parti a choisi de participer ? La question se pose d’autant plus que la formation politique y a délégué un représentant, tout en affirmant aujourd’hui ne pas avoir à répondre de la gestion de la crise sécuritaire. Pour Jodson Durogène, ce représentant serait essentiellement là pour « donner un coup de main » à l’État. Une conception pour le moins particulière de la participation au pouvoir : être présent lorsqu’il s’agit de contribuer à l’action gouvernementale, mais prendre ses distances lorsque les résultats de cette action sont contestés.
Le raisonnement de Jodson Durogène est pour le moins confortable. Fanmi Lavalas a bien envoyé un cadre au sein du gouvernement, mais ce représentant y serait essentiellement pour « donner un coup de main » à l’État. Lorsqu’il s’agit des décisions liées à la sécurité, en revanche, le parti ne serait pas directement concerné. La responsabilité incomberait au gouvernement, tandis que les institutions sécuritaires devraient répondre de leurs actes. Fanmi Lavalas pourrait ainsi rester à distance des résultats de l’action gouvernementale.
Le problème, c’est que la politique ne fonctionne pas à la carte. On ne peut pas revendiquer une présence au sein d’un gouvernement lorsque celle-ci permet de participer aux décisions, puis la présenter comme un simple geste de solidarité lorsque les résultats sont mauvais. Un représentant envoyé par un parti au sein de l’appareil gouvernemental ne devient pas soudainement un simple observateur lorsque surviennent les échecs.
La question est d’autant plus pertinente que Fanmi Lavalas avait déjà un représentant au sein de la précédente transition. À force de participer aux structures du pouvoir tout en se présentant comme extérieur à leurs échecs, le parti donne le sentiment de vouloir bénéficier des avantages de sa proximité avec l’État sans en assumer le coût politique.
M. Durogène affirme que la responsabilité de la sécurité relève du gouvernement dans son ensemble. Sur ce point, il n’a pas tort. Mais cette réalité ne suffit pas à effacer la responsabilité politique d’un parti qui choisit de participer à ce gouvernement.
Il faut ici distinguer la responsabilité juridique ou administrative directe de la responsabilité politique. Un parti qui contribue à la formation d’une équipe gouvernementale et y délègue un représentant ne devient pas automatiquement responsable de chaque décision prise par l’État. Il accepte toutefois une part de responsabilité politique dans l’orientation générale de cette participation, dans les choix qu’elle implique et dans les résultats qui en découlent.
À Kenscoff, des familles ont perdu des proches. Une quarantaine de personnes auraient été tuées, selon les éléments évoqués lors de l’émission. Dans un tel contexte, le débat ne devrait pas se limiter à déterminer quelle institution détient officiellement la compétence administrative en matière de sécurité. La population attend des comptes, des décisions et surtout des résultats.
Fanmi Lavalas peut donc rappeler que son représentant n’est pas « le gouvernement ». Le parti peut également souligner que la sécurité relève d’institutions spécifiques et que la responsabilité opérationnelle appartient aux autorités compétentes. Mais une question demeure : si la participation au gouvernement ne crée aucune responsabilité politique, pourquoi y participer ?
Le véritable partage des responsabilités ne consiste pas seulement à envoyer un représentant dans une structure gouvernementale. Il suppose également d’assumer les conséquences politiques de cette participation.
Sinon, le principe devient particulièrement pratique : le pouvoir appartient au gouvernement lorsqu’il faut décider, mais les échecs appartiennent toujours aux autres lorsqu’il faut répondre.

