La frontière entre Haïti et la République dominicaine échappe largement au contrôle de l’État. Selon le directeur général a.i. de la Police nationale d’Haïti (PNH), Jonas André Vladimir Paraison, près de 95 % des points de passage restent hors de toute surveillance des autorités.
L’ampleur de cette perte de contrôle est considérable. Sur les 110 points de passage recensés le long de la frontière terrestre, seuls six sont effectivement contrôlés, soit à peine 5 % du total.
Intervenant le jeudi 26 mars 2026 lors de la sixième conférence de la Table sectorielle sur la sécurité (TSS), le chef de la PNH a décrit des axes frontaliers « livrés à eux-mêmes », devenus des couloirs ouverts au trafic illicite. Armes, munitions et marchandises de contrebande y circulent sans entrave, contribuant directement à la détérioration du climat sécuritaire.
Dans ce contexte, les groupes armés continuent de renforcer leur capacité opérationnelle, profitant de la porosité des frontières pour s’approvisionner et étendre leur influence.
Malgré ce constat préoccupant, Jonas André Vladimir Paraison évoque une évolution relative sur le terrain. Selon lui, la proportion des zones dites « rouges » dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince est passée de 85 % à 76 %, traduisant une reprise partielle du contrôle par les forces de l’ordre.
Actuellement, la PNH mène des opérations ciblées dans 32 points jugés stratégiques : 17 dans le département de l’Ouest, 5 dans le Sud et 10 dans le Centre. Les autorités affichent comme priorité la reconquête des territoires perdus, le rétablissement de l’ordre public et la protection des populations face aux violences des gangs.
Les constats des organisations internationales viennent renforcer cette analyse. Dans un rapport consacré au trafic illicite d’armes en Haïti, l’Organisation des Nations unies (ONU) souligne que la majorité de l’arsenal utilisé par les groupes armés transite par ces zones frontalières faiblement contrôlées.
Au-delà des chiffres, ces données mettent en lumière les failles persistantes dans la sécurisation des frontières, terrestres, maritimes et aériennes, en dépit des annonces répétées des autorités haïtiennes.
Dans ce contexte, la circulation incontrôlée des armes demeure un facteur aggravant majeur. Plus de 600 000 armes à feu circuleraient actuellement de manière illégale sur le territoire national, alimentant une insécurité chronique que les autorités peinent encore à contenir.