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Prisons, douanes, sécurité : la FJKL dénonce des contrats jugés scandaleux signés par le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé
La Fondasyon Je Klere (FJKL) tire la sonnette d’alarme sur plusieurs contrats signés par les autorités haïtiennes, qu’elle qualifie de « léonins » et susceptibles de porter gravement atteinte à la souveraineté nationale.
Dans un rapport publié le mercredi 4 mars 2026, l’organisation rappelle que l’histoire d’Haïti reste marquée par des engagements financiers lourds, notamment la dette de l’indépendance contractée sous le gouvernement de Jean-Pierre Boyer, qui a durablement pesé sur le développement du pays. Selon la FJKL, certains contrats signés par l’actuel gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé risqueraient de reproduire des erreurs similaires.
L’organisation souligne qu’en période de crise institutionnelle, les autorités de facto devraient limiter leurs engagements internationaux, en particulier lorsqu’ils concernent des domaines relevant de la souveraineté de l’État, tels que la sécurité, la défense ou encore la gestion des frontières.
Un contrat de prisons jugé extrêmement coûteux
La FJKL critique notamment une convention signée le 15 décembre 2025 entre l’État haïtien et la société Metric Facility S.A., associée à Metric Management Inc. et Transcaribbean Energy Partners & Consulting S.A.
Ce contrat, conclu pour une durée de 50 ans, prévoit la construction et l’exploitation de trois établissements pénitentiaires modernes à Source Matelas (Arcahaie), Fort-Liberté et Jacmel.
Le coût initial de construction est estimé à 85,4 millions de dollars. Toutefois, selon la FJKL, les modalités financières de la convention seraient extrêmement défavorables pour l’État haïtien. Le concessionnaire ne serait tenu d’apporter qu’environ 25 % du financement, le reste pouvant être obtenu par emprunt, avec des garanties de l’État.
Le rapport indique également que l’État s’engage à payer 22 dollars par détenu et par jour, avec un taux d’occupation minimal de 75 %, même en l’absence de détenus. Sur une période de cinquante ans, la FJKL estime que les paiements pourraient dépasser 6 milliards de dollars, avant même le rachat éventuel des infrastructures par l’État.
L’organisation dénonce aussi le fait que ce contrat aurait été signé sans appel d’offres, en violation des règles régissant les marchés publics.
Le contrat Evergreen pour la gestion des frontières
Un autre accord controversé concerne la firme Evergreen Trading System Limited, signé le 4 février 2026 entre l’État haïtien et le consortium Evergreen / ENSE Group.
Ce contrat vise la modernisation des services douaniers et d’immigration, avec pour objectif d’améliorer la sécurité aux frontières et d’augmenter les recettes fiscales.
Cependant, la FJKL estime que les modalités de rémunération du prestataire sont « exorbitantes ». La firme percevrait notamment 3 % de la valeur totale des importations, ainsi qu’une redevance de performance pouvant atteindre 20 % des recettes douanières supplémentaires.
Selon les calculs de l’organisation, même sans amélioration significative des performances douanières, Evergreen pourrait percevoir plus d’un milliard de dollars sur dix ans.
La fondation souligne également que des partenaires internationaux, dont la Banque mondiale et l’Union européenne, financent déjà des programmes visant à renforcer les capacités douanières du pays, ce qui rendrait ce contrat redondant.
Le contrat de sécurité avec Windward
Le rapport évoque également un contrat de sécurité conclu avec la société Windward Holdings Limited, visant à fournir un appui technique et opérationnel à la Police nationale d’Haïti (PNH).
Le projet prévoit notamment la mise en place d’une force opérationnelle d’une centaine d’hommes, l’utilisation de drones, ainsi que des opérations destinées à reprendre le contrôle de plusieurs zones dominées par des gangs armés.
Selon la FJKL, ce contrat représenterait un coût d’environ 52 millions de dollars par an. Les données recueillies par l’organisation indiquent qu’environ 35,5 millions de dollars auraient déjà été versés durant les huit premiers mois d’exécution.
Toutefois, l’organisation affirme que les objectifs sécuritaires annoncés n’ont pas été atteints, plusieurs zones stratégiques restant toujours sous le contrôle de groupes armés.
Un appel à la transparence
Pour la FJKL, ces différents contrats soulèvent un problème majeur de gouvernance et de souveraineté nationale. L’organisation estime qu’ils auraient dû être examinés par des institutions élues et appelle à une enquête parlementaire après le retour à l’ordre constitutionnel.
Selon la fondation, ces engagements financiers et sécuritaires pourraient peser lourdement sur les finances publiques et limiter la capacité de l’État à mener des politiques sociales au bénéfice de la population.