Haïti : le « Pacte de la stabilité » signé, la transition passe à l’offensive
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a officialisé, ce lundi 23 février , à la Villa d’Accueil, la signature du « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections ». Paraphé par plusieurs forces politiques majeures (EDE, En Avant, Fanmi Lavalas, Accord du 21 décembre) ainsi que par des représentants de la société civile, ce document de 27 articles instaure une trêve politique et amorce une série de réformes immédiates, dont la remobilisation de la CNDDR et un éventuel remaniement technique du gouvernement.
Devant un parterre diplomatique fourni, incluant les ambassadeurs des États-Unis, de la France, du Canada et du Mexique, ainsi que la représentante de l’ONU, Maria Isabel Salvador, la classe politique haïtienne a tenté d’afficher un front commun. Le chef du gouvernement a salué un « sacrifice patriotique », présentant le pacte comme un contrat collectif destiné à sortir le pays de la « transition à perpétuité ».
Jerry Tardieu, coordonnateur du parti En Avant et porte-parole circonstanciel des signataires, a qualifié la journée d’historique. S’il reconnaît que les acteurs ont mis de côté leurs différends, il insiste sur l’urgence : Haïti n’a pas organisé de scrutin depuis 2016. L’objectif affiché est double : rétablir la sécurité afin de favoriser le retour des déplacés et ouvrir la voie à des élections générales crédibles.
De la parole aux actes : premières décisions
Le gouvernement affirme vouloir rapidement traduire le pacte en mesures concrètes. Moins de 24 heures après la finalisation des signatures, l’article 10 a été activé. À l’issue d’un Conseil des ministres, la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (CNDDR) a été officiellement remobilisée pour faire face à l’insécurité persistante.
Vers un remaniement technique de l’administration ?
En parallèle, des mouvements de cadres seraient en préparation au sein de l’administration publique. Selon plusieurs sources concordantes, des changements stratégiques pourraient être annoncés dans les prochains jours :
- Serge Gabriel Colin serait pressenti pour diriger le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) ;
- Kesner Romilus pourrait être nommé au Fonds d’assistance économique et social (FAES) ;
- Chesnel François deviendrait le nouveau directeur général des impôts (DGI).
Aucune confirmation officielle n’a encore été donnée.
« La boussole, c’est l’unité »
Dans un discours solennel, en grande partie prononcé en créole, le Premier ministre a insisté sur le fait que ce pacte ne met pas fin au débat démocratique, mais vise à l’encadrer. « La stabilité ne dépend pas seulement de la sécurité dans les rues, mais aussi de la création de richesses et de la transparence électorale », a-t-il déclaré, promettant le respect du verdict des urnes.
Pour la communauté internationale, notamment le Bureau Intégré des Nations Unis en Haïti (BINUH), cette initiative constitue un signal encourageant. Reste désormais à mettre en place un dispositif de gouvernance impartial capable de garantir une passation de pouvoir pacifique à des autorités élues.