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Haïti face à 2026 : l’heure des choix
À l’occasion du passage à l’année 2026, Le Point de Radio-Télé Métropole a réuni diplomates, historiens, juristes, responsables politiques et analystes pour dresser un bilan critique de l’année 2025 et interroger les perspectives immédiates d’Haïti. Insécurité persistante, échéance constitutionnelle du 7 février, transition politique à bout de souffle, réformes institutionnelles, élections, rôle de la diaspora et souveraineté nationale ont structuré une émission dense, révélatrice à la fois des profondes fractures du pays et des pistes envisagées pour sortir de la crise, dans une année annoncée comme décisive.
L’année 2025 s’est achevé sur un constat largement partagé : l’État haïtien demeure profondément fragilisé par l’insécurité généralisée, l’absence d’élections et une transition politique incapable de produire des résultats concrets. À l’approche de l’échéance constitutionnelle du 7 février, les interrogations autour de la légitimité des autorités, de la gouvernance et de l’avenir institutionnel du pays se font de plus en plus pressantes.
Pierre-Antoine Louis : dénonciation de l’ingérence et appel à une solution haïtienne
Le diplomate Pierre-Antoine Louis a marqué les débats par une critique frontale de l’ingérence internationale. Qualifiant certaines initiatives étrangères de « gâchis » et de « stupidité », il rejette l’idée selon laquelle la paix et la stabilité en Haïti pourraient être imposées de l’extérieur, notamment à travers des feuilles de route élaborées par des puissances étrangères.
Pour lui, 2026 doit être une année d’apprentissage collectif, au cours de laquelle chaque acteur tire les leçons du passé afin de bâtir un projet véritablement haïtien, fondé sur la responsabilité nationale et la transformation interne plutôt que sur des solutions imposées.
Michel Soukar : la conférence nationale comme impératif historique
L’historien Michel Soukar a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’une large concertation nationale réunissant toutes les forces vives du pays. Il plaide pour l’organisation d’une conférence nationale inclusive, au sein de laquelle chaque secteur désignerait ses représentants afin de refonder le pacte social et politique.
Dénonçant un mode de gouvernance indigne de l’héritage des héros de l’indépendance, il appelle à rompre avec la captation du pouvoir par des élites déconnectées et des acteurs délinquants, condition indispensable à toute transformation durable de l’État haïtien.
Guichard Doré : élections, institutions et développement au cœur de 2026
Pour Guichard Doré, l’année 2026 doit impérativement marquer le retour à l’ordre constitutionnel par l’organisation d’élections générales crédibles. Il souligne l’urgence de créer les conditions sécuritaires et institutionnelles nécessaires à ce processus.
Au-delà des enjeux politiques, il met l’accent sur le développement économique et social, rappelant que plus de la moitié de la population haïtienne a moins de 35 ans. La création d’emplois, la relance des activités économiques sur l’ensemble du territoire et le renforcement des institutions démocratiques figurent, selon lui, parmi les priorités non négociables.
Me Patrick Pierre-Louis : légitimité, décrets et État de droit en question
Le bâtonnier de Port-au-Prince, Me Patrick Pierre-Louis, a livré une analyse juridique sévère de la conjoncture actuelle. À ses yeux, les autorités de transition, dont la légitimité repose sur un accord politique et non sur des élections, arrivent au terme de leur mandat.
Il critique vivement certains décrets, notamment celui relatif à la Haute Cour de justice, qu’il estime porteur d’une confusion dangereuse entre immunité fonctionnelle et impunité. Cette prolifération de décrets, non soumis au contrôle d’un Parlement inexistant, fragilise, selon lui, la hiérarchie des normes et l’État de droit.
Evans Paul : sortir de la logique de transition pour bâtir l’État-nation
L’ancien Premier ministre Evans Paul appelle à rompre définitivement avec la logique de transition permanente. Pour lui, Haïti a besoin d’un gouvernement porteur d’une mission claire, orientée vers la construction de l’État-nation.
Son message pour 2026 se veut résolument mobilisateur : responsabilité collective, unité nationale et espoir pour les jeunes, les femmes, les paysans, les travailleurs et la diaspora. « Fondamentalement, nous sommes tous Haïti », rappelle-t-il, plaidant pour un effort commun de reconstruction nationale.
2026 : une année décisive
De cette émission se dégage une convergence claire : 2026 ne peut être une année ordinaire. Entre exigence de souveraineté, refondation institutionnelle, retour à la légitimité électorale et restauration de la sécurité, Haïti se trouve à un tournant historique.
La sortie de crise dépendra de la capacité des acteurs nationaux à dialoguer, à assumer leurs responsabilités et à replacer l’intérêt collectif au-dessus des calculs politiques.