La crise sécuritaire continue de frapper durement les femmes et les filles en Haïti. Plus de 7 000 incidents de violences basées sur le genre (VBG) ont été signalés depuis le début de l’année 2026, selon les Nations Unies. Près de 600 cas ont été recensés pour le seul mois d’août. Les violences sexuelles représentaient environ 60 % des incidents enregistrés durant cette période. Par ailleurs, seulement 20 % des victimes de viol ont reçu des soins médicaux dans les 72 heures suivant leur agression.
La détérioration de la situation sécuritaire et l’expansion des groupes armés continuent d’alimenter cette crise. Selon les données communiquées par les partenaires humanitaires, les femmes et les filles constituent la grande majorité des survivantes. Les personnes déplacées à l’intérieur du pays sont également particulièrement exposées aux violences, alors que près de 1,5 million de personnes sont actuellement déplacées à travers Haïti.
Les violences sexuelles occupent une place particulièrement préoccupante dans ce bilan. En août, elles représentaient environ 60 % de l’ensemble des incidents de violences basées sur le genre signalés. Quelques semaines plus tôt, les Nations Unies faisaient état de plus de 5 500 incidents de VBG enregistrés au cours du premier semestre 2026, soit environ 30 cas par jour. Près de 70 % des incidents rapportés impliquaient un viol, dont une proportion importante de viols collectifs.
À cette hausse des violences s’ajoutent les difficultés d’accès aux soins. L’insécurité empêche de nombreuses survivantes d’obtenir rapidement une assistance médicale, psychologique et juridique. Selon les données onusiennes, seulement 20 % des victimes de viol ont reçu un traitement médical dans les 72 premières heures suivant leur agression, une période particulièrement importante pour certaines interventions médicales d’urgence.
Face à l’ampleur des besoins, les Nations Unies et leurs partenaires poursuivent plusieurs programmes d’assistance, notamment la prise en charge psychosociale et en santé mentale, la gestion des cas, l’aide financière d’urgence ainsi que la distribution de kits de dignité. Mais les ressources disponibles restent largement insuffisantes. La réponse aux violences basées sur le genre n’avait reçu que 4 millions de dollars, soit 17 % des 24 millions de dollars nécessaires, selon le dernier point humanitaire de l’ONU.
Cette situation s’inscrit dans un contexte de déplacement massif de la population. Près de 1,5 million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays, et près de 80 % d’entre elles vivent désormais en dehors de la région métropolitaine de Port-au-Prince, selon les dernières données communiquées par les Nations Unies.
Au-delà de la réponse humanitaire, la question de l’impunité demeure au cœur des préoccupations. Dans son rapport sur la situation des droits humains en Haïti, l’ONU a relevé l’absence de progrès dans plusieurs dossiers emblématiques, notamment ceux des massacres de Grand-Ravine, de La Saline et de Bel-Air, ainsi que dans l’enquête sur l’assassinat de Monferrier Dorval. Concernant l’assassinat du président Jovenel Moïse, la procédure judiciaire a toutefois connu de nouveaux développements en 2025 et 2026.
Le 25 septembre 2026, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a déclaré que « l’impunité est un autre visage de l’insécurité » et appelé à la combattre avec la même détermination. Il a notamment cité la création de deux pôles judiciaires spécialisés destinés à renforcer la lutte contre l’impunité, la criminalité financière, les crimes de masse et les violences sexuelles.
Ces deux pôles judiciaires spécialisés ont été officiellement inaugurés en mai 2026. Selon les autorités, l’un est consacré aux crimes de masse et aux violences sexuelles, tandis que l’autre traite les crimes financiers complexes, notamment la corruption et le blanchiment d’argent.
Cependant, des interrogations persistent quant au fonctionnement du cadre judiciaire haïtien. Un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) souligne notamment que le décret de décembre 2025 relatif à l’organisation et au fonctionnement de la Haute Cour de justice prévoit une procédure en plusieurs étapes pour engager des poursuites contre certains hauts responsables publics. Cette procédure implique notamment plusieurs instances institutionnelles et parlementaires, alors que certaines de ces structures ne sont pas encore opérationnelles. L’ONUDC recommande ainsi aux autorités haïtiennes de revoir les dispositions concernées afin de garantir que le cadre juridique applicable aux poursuites contre les hauts responsables soit effectivement opérationnel.
Dans un pays où plus de 7 000 incidents de violences basées sur le genre ont déjà été signalés depuis le début de l’année, la protection des survivantes, l’accès rapide aux soins et la capacité de la justice à poursuivre les auteurs demeurent des enjeux majeurs. La progression des violences sexuelles, conjuguée au déplacement massif de la population et aux difficultés d’accès aux services essentiels, accentue encore la vulnérabilité des femmes et des filles en Haïti.



