Une trentaine de familles ont participé, ce dimanche 4 octobre, à une séance de prélèvement d’ADN organisée par Voie d’Espoir dans les locaux de Banj. Créée en 2020 par Michel Joseph, l’organisation accompagne des familles biologiques et des personnes adoptées dans leurs démarches de recherche d’origines. Depuis 2024, elle affirme avoir réalisé plus de 200 tests ADN en Haïti.
L’initiative vise à aider des familles séparées dans le contexte de l’adoption à retrouver une trace biologique et, lorsque les personnes concernées y consentent, à renouer le contact. Les échantillons de salive prélevés dimanche doivent être analysés aux États-Unis par FamilyTreeDNA, afin de rechercher d’éventuelles correspondances génétiques avec des personnes adoptées ayant effectué un test à l’étranger.
Aucune garantie de retrouvailles
Devant les participants, Michel Joseph a insisté sur les limites de la démarche. « Voie d’Espoir ne peut pas vous faire de promesses », a-t-il expliqué.

Une correspondance génétique n’est possible que si la personne recherchée, ou un membre de sa famille biologique, a également effectué un test sur une plateforme permettant la comparaison des profils génétiques. L’absence de correspondance ne signifie donc pas nécessairement qu’aucun lien biologique ne peut être retrouvé.
Un service présenté comme gratuit
Voie d’Espoir indique offrir gratuitement ses services aux familles biologiques et aux personnes adoptées. L’organisation affirme fonctionner notamment grâce aux dons et au soutien de partenaires.
Depuis 2024, plus de 200 tests auraient ainsi été réalisés dans plusieurs régions du pays, notamment au Cap-Haïtien, à Jérémie et aux Cayes.
Lorsque les documents ne suffisent plus
Pour certaines personnes adoptées, la recherche des origines se heurte à l’absence d’informations fiables sur les circonstances de leur naissance ou de leur adoption. Certaines ne connaissent pas leur nom de naissance, l’identité de leurs parents biologiques ou même leur lieu de naissance.
Dans ces situations, les tests génétiques peuvent constituer une piste supplémentaire. Une correspondance avec un parent biologique ou un membre de la famille élargie peut notamment permettre de reconstituer progressivement une filiation, même lorsque les documents disponibles ne permettent pas d’identifier directement la famille recherchée.
Des familles toujours dans l’attente
Plusieurs parents présents à Banj ont également témoigné de leur parcours. Certains affirment avoir confié leurs enfants à des crèches ou à des structures d’accueil en espérant pouvoir conserver un lien avec eux après leur adoption.
Selon leurs témoignages, le départ des enfants vers l’étranger aurait, dans plusieurs cas, progressivement interrompu cette communication. Pour ces familles, le prélèvement ADN constitue aujourd’hui une nouvelle possibilité de retrouver la trace de leurs enfants.
Des récits d’adoption marqués par la douleur
Michel Joseph a par ailleurs rapporté plusieurs témoignages recueillis auprès de personnes adoptées à la recherche de leurs origines. Certaines évoquent des expériences difficiles au sein de leurs familles adoptives. D’autres disent avoir grandi avec des récits négatifs concernant leurs parents biologiques, parfois présentés comme les ayant abandonnées ou vendues.
Ces récits peuvent peser sur la manière dont les personnes adoptées appréhendent leur histoire et sur leur décision d’entreprendre des recherches sur leurs origines.
Consentement et confidentialité des données
Voie d’Espoir affirme accorder une attention particulière à la confidentialité des informations personnelles et génétiques recueillies dans le cadre de ses activités.
Les participants sont informés de la démarche avant le prélèvement et doivent donner leur consentement. Selon Michel Joseph, les données recueillies demeurent confidentielles et ne sont pas communiquées à d’autres organisations sans autorisation.
Une correspondance génétique ne suffit pas à réunir une famille
Retrouver un lien biologique ne signifie pas automatiquement renouer avec sa famille d’origine. Même lorsqu’une correspondance génétique est établie, une rencontre ou une reprise de contact dépend de la volonté des personnes concernées.
Voie d’Espoir ne peut imposer une reconnexion entre un adopté et sa famille biologique. Son rôle consiste avant tout à faciliter la recherche et, lorsque cela est possible et souhaité par les intéressés, à accompagner la démarche.
L’organisation annonce par ailleurs le prochain lancement d’un site Internet destiné à faciliter les demandes de recherche des personnes adoptées vivant en Haïti ou à l’étranger.
Pour les familles réunies dimanche à Banj, l’ADN constitue ainsi une nouvelle piste pour tenter de retrouver un enfant, un parent ou une partie d’une histoire familiale longtemps restée sans réponse.