Présent dans les grandes villes comme dans les petites communes du pays, le fritay haïtien s’est imposé comme l’un des symboles les plus populaires de la restauration de rue. Apprécié pour son goût, son accessibilité et sa diversité, il nourrit quotidiennement des milliers d’Haïtiens tout en faisant vivre de nombreux commerçants à travers le pays. Connus pour leur courage, leur discipline et leur capacité à travailler malgré les difficultés économiques, ces marchands sont devenus des acteurs essentiels de la vie quotidienne. Ambulants ou installés à des points fixes, ils offrent une alternative abordable aux familles à faible revenu ainsi qu’aux amateurs de « fritay ».
Du matin jusqu’à tard dans la soirée, parfois jusqu’à 22 heures, les rues de Port-au-Prince, de Delmas et de Pétion-Ville, entre autres, s’animent autour de dizaines de petits stands improvisés. Derrière des marmites d’huile bouillante, des vendeurs proposent des cornets de frites, des pâtés, du griot ou encore d’autres spécialités, souvent accompagnés de sauces piquantes ou de préparations à base de légumes.
Ces commerçants répondent aux besoins d’une clientèle variée composée d’étudiants, de chauffeurs, d’employés, de commerçants et de familles à la recherche d’un repas rapide et abordable.
Gertha, le visage d’une nouvelle génération
Gertha est une jeune femme de petite taille, méticuleuse et passionnée par son travail. Chaque matin, elle prépare soigneusement ses pommes de terre et ses autres mets chez elle avant de transporter son matériel dans les rues de Delmas.
Son histoire est loin d’être un cas isolé. Depuis plusieurs années, de nombreuses femmes se tournent vers ce commerce afin de subvenir aux besoins de leur famille, transformant les trottoirs en véritables espaces de restauration populaire. Beaucoup préparent désormais leur « fritay » à domicile, l’emballent dans des contenants en plastique, puis sillonnent les rues pour le vendre.
« C’est un commerce difficile. Il nous arrive de parcourir plusieurs kilomètres à pied avant de réussir à vendre quelque chose », confie Gertha, une marchande de frites qui habite à Pétion-Ville.
En semaine, elle transporte ses plats à travers plusieurs quartiers afin d’aller à la rencontre de sa clientèle. Les week-ends, en revanche, elle reste chez elle et ce sont les clients qui viennent acheter ses produits.
Le « fritay », bien plus qu’un simple repas
En Haïti, le « fritay » dépasse largement le simple repas. Il représente un véritable moment de convivialité, où amis, collègues et proches se retrouvent autour d’aliments frits.
Dans les centres urbains, cette tradition demeure solidement ancrée, particulièrement en soirée, lorsque les habitants recherchent un repas rapide, savoureux et accessible.
Les étals proposent bien plus que des frites : acras, griot, pâtés, bananes pesées, poulet frit et bien d’autres spécialités viennent compléter l’offre. Cette diversité fidélise une clientèle qui retrouve, jour après jour, les mêmes vendeurs.
Malgré la hausse du prix des ingrédients, les marchands s’efforcent de maintenir des tarifs compatibles avec le pouvoir d’achat de leurs clients.
Plus de dix ans de fidélité pour Madan Jacques
Installée dans les hauteurs de Pétion-Ville depuis plus de dix ans, Madan Jacques est devenue une figure incontournable de son quartier. Plusieurs générations de clients fréquentent son petit commerce, séduits autant par la qualité de ses frites que par son accueil chaleureux.
Selon elle, cette activité lui permet de contribuer aux dépenses du foyer aux côtés de son mari et d’assurer l’éducation de leurs cinq enfants.
Au fil des années, des générations d’élèves, d’enseignants et de riverains ont pris l’habitude de s’arrêter chez Madan Jacques, appréciée autant pour son hospitalité que pour son sens de l’humour.
Des frites toujours plus populaires en 2026
En 2026, les frites continuent de séduire les consommateurs dans les centres urbains haïtiens. Leur prix relativement abordable, leur préparation rapide et leur goût expliquent leur popularité grandissante.
Face aux difficultés économiques, elles constituent souvent une solution pratique pour les familles comme pour les travailleurs pressés. Certains parents, confrontés à des moyens limités, choisissent même d’en glisser dans la boîte à lunch de leurs enfants pour l’école.
Au-delà de leur rôle alimentaire, les marchands de frites participent activement à l’économie locale. Ils soutiennent toute une chaîne de production, des cultivateurs de pommes de terre, de bananes et de légumes jusqu’aux fournisseurs d’huile, de condiments et d’autres ingrédients, tout en créant leurs propres sources de revenus.
Dans les rues de Pétion-Ville, de Delmas et de nombreuses autres communes, ces vendeurs démontrent chaque jour que la restauration de rue demeure un pilier de la résilience économique et de la vie sociale en Haïti.




