La Cour d’appel de Port-au-Prince a ordonné, le lundi 26 octobre 2026, le renvoi de cinq inculpés, dont l’homme d’affaires Marc Antoine Acra, devant le tribunal criminel siégeant sans assistance de jury, dans le cadre de l’affaire du navire Manzanares. Ouverte en avril 2015 après la découverte de 108 kilos de cocaïne et de 15 kilos d’héroïne au terminal Varreux, cette affaire connaît ainsi une nouvelle évolution judiciaire, plus de onze ans après les faits. La Cour recommande également au parquet d’examiner la possibilité d’engager des poursuites contre d’autres personnes et entreprises susceptibles d’être impliquées dans les opérations liées à la cargaison de sucre.

La Cour d’appel ordonne le renvoi des cinq inculpés

Dans son arrêt du 26 octobre 2026, la Cour d’appel de Port-au-Prince a ordonné le renvoi de cinq inculpés devant la juridiction criminelle compétente. Ils devront y répondre des faits de trafic illicite international de stupéfiants qui leur sont reprochés dans le cadre de l’affaire du Manzanares.

La Cour invite par ailleurs le parquet à examiner les éléments susceptibles de justifier de nouvelles poursuites contre d’autres personnes physiques et morales pouvant avoir joué un rôle dans la commande, le chargement, le transport ou le déchargement du sucre acheminé par le navire.

Cette recommandation intervient alors que les résultats de la commission rogatoire internationale sollicitée dans le cadre de l’instruction ne sont toujours pas disponibles. La Cour entend ainsi attirer l’attention sur la nécessité d’examiner les responsabilités éventuelles d’autres acteurs liés aux opérations commerciales et logistiques entourant cette cargaison.

Avril 2015 : une cargaison de sucre au cœur de l’affaire

Les faits remontent à avril 2015. Un navire affrété par Greenwich Shipping, chargé de transporter du sucre destiné à la société Nabatco, accoste au terminal Varreux, en Haïti.

Lors d’une opération de contrôle, les agents de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS) procèdent à l’inspection du navire. À l’issue de cette opération, les débardeurs sont autorisés à commencer le déchargement de la marchandise. Ils sont ensuite informés de la présence de stupéfiants à bord. Un juge de paix est alors requis afin de dresser un procès-verbal de constat.

Les opérations aboutissent à la saisie de 108 kilos de cocaïne et de 15 kilos d’héroïne. Plusieurs membres de l’équipage sont arrêtés et une procédure judiciaire est engagée pour déterminer les circonstances de la découverte ainsi que les responsabilités éventuelles des personnes concernées.

Une procédure judiciaire marquée par plusieurs étapes

Au cours de l’instruction, le juge instructeur ordonne notamment le renvoi de Marc Antoine Acra et de Fedner Dolisca devant le tribunal criminel. Les deux inculpés contestent cette décision et interjettent appel.

Le 8 février 2018, ils comparaissent devant la Cour d’appel de Port-au-Prince. À l’issue de cette audience, l’affaire est mise en continuation au 22 février 2018.

La procédure se poursuit ensuite jusqu’à l’arrêt du 26 octobre 2026, par lequel la Cour ordonne le renvoi des cinq inculpés devant la juridiction de jugement. Cette décision ouvre la voie à l’examen de l’affaire au fond, sous réserve des modalités de saisine et de fixation de l’audience par la juridiction compétente.

Les contestations formulées par les inculpés en 2018

Lors de son audition en février 2018, Marc Antoine Acra, âgé de 45 ans à l’époque, avait affirmé qu’il ne se trouvait pas en Haïti au moment de l’embarquement et du débarquement de la cargaison. Il avait expliqué suivre alors un cours de leadership au Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Boston.

Selon ses déclarations, il avait été informé de la découverte de la drogue par un directeur de Nabatco, société chargée de l’importation du sucre. S’appuyant sur un rapport de la BLTS, il avait également soutenu que les stupéfiants n’avaient pas été retrouvés dans les sacs de sucre, mais sous les escaliers du navire.

M. Acra s’était par ailleurs étonné de la libération du capitaine et des marins, qu’il considérait comme responsables de la gestion nautique du navire et des marchandises transportées. Il était assisté de Mes Jean Saint Nogène Avillon, Frantz G. Nerette, Camille Fièvre et Fabrice Fièvre.

De son côté, Fedner Dolisca, présenté comme le foreman général du navire, avait nié toute implication dans l’affaire. Assisté de Me Gérald Gay, il avait déclaré être monté à bord après la fin de l’inspection menée par la BLTS, à l’invitation des agents. Il avait également affirmé n’avoir importé aucune marchandise.

Sa demande de mainlevée, présentée sur le fondement de l’article 80 du Code d’instruction criminelle, avait été rejetée par la Cour.

Onze ans après, l’affaire attend son procès

Le renvoi des cinq inculpés devant le tribunal criminel constitue une nouvelle étape dans une procédure ouverte en 2015. La recommandation adressée au parquet élargit également la question judiciaire aux autres acteurs susceptibles d’avoir participé aux opérations entourant la cargaison.

Toutefois, le renvoi devant une juridiction de jugement ne constitue pas une déclaration de culpabilité. Les cinq inculpés demeurent présumés innocents jusqu’à ce qu’une décision définitive établisse, le cas échéant, leur responsabilité pénale.

L’attention se porte désormais sur la suite de la procédure, notamment la tenue du procès et les éventuelles suites que le parquet donnera aux recommandations de la Cour d’appel.

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