La Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) hausse le ton. Dans un message publié le 24 septembre 2026, à l’issue de son assemblée plénière, les évêques catholiques dressent un constat particulièrement préoccupant de la situation du pays. Ils dénoncent l’expansion des groupes armés, la multiplication des enlèvements, l’affaiblissement de l’État et une gouvernance confrontée à de sérieuses difficultés pour garantir la sécurité de la population.

Le constat des évêques est sans détour. La CEH évoque une « descente aux enfers » et dénonce « une grande confusion, un manque flagrant de leadership et une absence de vision à long terme ». Selon les évêques, la population est « livrée à elle-même », alors que des quartiers entiers demeurent sous le contrôle de groupes armés.

Le massacre de Kenscoff occupe une place particulière dans le message. Les évêques affirment que le sang des victimes « crie justice vers le ciel ». Ils s’interrogent également sur l’efficacité attendue de la Force de répression des gangs, sur la capacité de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H) à reprendre les territoires contrôlés par les groupes armés, ainsi que sur la capacité de la communauté internationale à respecter ses engagements envers le pays.

La CEH reconnaît toutefois les efforts des forces publiques engagées sur le terrain. Elle souligne que certains policiers et militaires « payent parfois le prix sacrificiel de leur vie » et estime que leur action a contribué à éviter une aggravation de la situation.

Sur la question migratoire, les évêques étendent leurs préoccupations à la diaspora haïtienne, notamment aux États-Unis et en République dominicaine. Ils dénoncent les rapatriements massifs, la précarité et des traitements qu’ils qualifient parfois de dégradants. Ils demandent que les migrants et les réfugiés soient considérés comme des personnes porteuses de droits.

La CEH exprime également sa reconnaissance à la Conférence des évêques catholiques des États-Unis pour son soutien aux Haïtiens confrontés aux déportations et aux incertitudes entourant le Statut de protection temporaire (TPS).

Des inquiétudes sur le processus électoral

C’est toutefois sur le terrain politique que le message prend une dimension particulière. À l’approche d’une échéance électorale dont la CEH souligne elle-même l’incertitude, les évêques soulèvent plusieurs interrogations sur les conditions dans lesquelles un scrutin pourrait être organisé.

Dans quelles conditions les élections seront-elles tenues ? Seront-elles inclusives, impartiales et transparentes ? Quelle sécurité sera réellement garantie aux citoyens souhaitant exercer leur droit de vote ?

Pour la CEH, l’organisation matérielle d’un scrutin ne saurait suffire. La sécurité des citoyens doit, selon elle, précéder l’opération électorale. Les évêques estiment qu’en l’absence d’un environnement suffisamment pacifié, d’institutions neutres et d’un consensus politique réel, le processus électoral risque de ne pas produire la stabilité recherchée.

Le message intervient alors que plusieurs secteurs de la société haïtienne expriment leurs préoccupations face à la trajectoire du pays. Après les appels du secteur économique en faveur d’un processus électoral crédible, inclusif et sécurisé, la principale institution catholique du pays insiste à son tour sur les conditions qu’elle considère nécessaires à la tenue d’élections à portée démocratique.

Quatre priorités mises en avant

La CEH ne se limite toutefois pas au constat. Elle appelle les autorités de l’État, les forces politiques, la société civile, les acteurs économiques et les partenaires internationaux à assumer « des obligations précises » autour de quatre priorités : protéger la population, répondre à l’urgence humanitaire, restaurer l’autorité de l’État et créer les conditions nécessaires à des élections crédibles.

Dans la conclusion de leur message, les évêques adoptent un ton plus rassembleur. Ils exhortent les Haïtiens à dépasser les intérêts particuliers, les divisions et les « haines stériles ». Ils appellent au dialogue, à la réconciliation, à la justice et à la vérité.

Entre préoccupation pastorale et interpellation des acteurs publics, le message de la CEH place ainsi une question centrale au cœur du débat national : dans quelles conditions les citoyens pourront-ils participer à un processus électoral alors que leur sécurité, leurs droits et la crédibilité du cadre institutionnel demeurent au centre des inquiétudes ?

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