Lors d’une conférence de presse tenue ce mardi 21 juillet, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Ronald Gabriel, a dressé un état des lieux de la conjoncture économique nationale. S’il a mis en avant une baisse de l’inflation, la stabilité du taux de change et la solidité du système bancaire, il a également reconnu que l’économie haïtienne demeure en récession, pénalisée par l’insécurité, la faiblesse des investissements et un environnement économique particulièrement fragile.
Le gouverneur de la BRH a souligné que l’économie nationale continue d’évoluer dans un contexte de fortes vulnérabilités. Il a notamment évoqué le durcissement des politiques migratoires dans plusieurs pays partenaires, la forte dépendance aux transferts de la diaspora, ainsi que l’insécurité persistante, qui freine les investissements, perturbe les échanges commerciaux et réduit les capacités de production.
Malgré ces contraintes, Ronald Gabriel a relevé plusieurs indicateurs qu’il juge encourageants. Le taux d’inflation est passé de 32 % en novembre 2025 à 20 % en mai 2026. Il a toutefois tenu à préciser que cette désinflation ne traduit pas une baisse des prix, mais un ralentissement de leur rythme de progression. Il a également mis en avant la stabilité du taux de change, maintenu autour de 131 gourdes pour un dollar américain depuis près de trois ans, un élément qu’il considère favorable à la prévisibilité des activités économiques et des investissements.
La Banque centrale fait également état d’un renforcement de ses réserves internationales. Les réserves nettes atteignent environ 1,9 milliard de dollars, tandis que les réserves brutes s’élèvent à 3,5 milliards de dollars, soit l’équivalent de près de huit mois d’importations, un niveau supérieur aux seuils généralement recommandés par les institutions financières internationales.
Sur le plan financier, Ronald Gabriel a assuré que le système bancaire haïtien demeure solide, liquide et suffisamment capitalisé malgré la crise. Le taux des prêts improductifs est passé d’environ 13 % à 8,4 %, grâce notamment aux mesures de moratoire et de restructuration accordées aux entreprises affectées par l’insécurité. Il a précisé que plusieurs dizaines d’entreprises continuent de bénéficier de ces mécanismes destinés à préserver leur stabilité financière.
Le gouverneur a également insisté sur les réformes engagées pour renforcer la gouvernance du secteur financier et intensifier la lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et les autres activités financières illicites. Selon lui, ces efforts visent à permettre à Haïti de sortir de la liste grise du Groupe d’action financière des Caraïbes (GAFIC), ajoutant que des avancées importantes ont déjà été enregistrées dans la mise en œuvre des recommandations internationales.
Concernant les perspectives économiques, Ronald Gabriel a confirmé que la BRH prévoit une nouvelle contraction du produit intérieur brut (PIB), estimée entre 1,5 % et 1,7 % d’ici la fin de l’exercice fiscal 2026. Il a estimé que les politiques économiques ne pourront produire pleinement leurs effets qu’à la faveur d’une amélioration durable de la situation sécuritaire, qu’il considère comme le principal frein au redressement de l’économie.
Le gouverneur a par ailleurs défendu l’approche prudente de la politique monétaire conduite par la Banque centrale. Selon lui, la poussée inflationniste observée ces dernières années résulte essentiellement des ruptures d’approvisionnement causées par l’insécurité, plutôt que d’un excès de création monétaire. Dans ce contexte, la BRH ne prévoit pas de modifier ses taux directeurs à court terme.
Enfin, Ronald Gabriel a présenté les principaux chantiers de modernisation du système financier. La BRH poursuit notamment le développement des paiements numériques à travers un système interopérable permettant aux différents portefeuilles électroniques d’effectuer des transactions instantanées entre eux. L’institution entend également renforcer l’encadrement réglementaire des plateformes de paiement numérique afin de mieux protéger les utilisateurs et de prévenir les risques liés au blanchiment d’argent et aux activités financières illicites.




