Face à une inflation persistante et à la dépréciation de la gourde, la Banque de la République d’Haïti (BRH), dirigée par son gouverneur Ronald Gabriel, met en garde contre les risques croissants pesant sur le pouvoir d’achat et la stabilité économique. À travers son « Mot du Gouverneur » publié le 6 mai, l’institution appelle à une action cohérente afin de contenir les pressions inflationnistes et de restaurer la confiance dans la monnaie nationale.
La hausse continue des prix fragilise les ménages haïtiens, particulièrement les plus vulnérables. À revenu constant, le pouvoir d’achat diminue, contraignant de nombreuses familles à faire des choix difficiles : réduction de la consommation, report de soins médicaux ou abandon de certaines dépenses essentielles.
Dans un pays où les dépenses incompressibles occupent une large part du budget des ménages, l’inflation dépasse le simple cadre économique pour devenir un véritable choc social. Elle alimente un sentiment d’injustice, accentue les inégalités et pèse sur la cohésion sociale.
La BRH souligne également l’impact de l’inflation sur la crédibilité de la gourde. Lorsque les prix deviennent instables, la monnaie perd son rôle de repère économique fiable. Les agents économiques adaptent alors leurs comportements : anticipation de nouvelles hausses, achats précipités ou préférence accrue pour les devises étrangères.
Dans une économie fortement dépendante des importations comme celle d’Haïti, la dépréciation de la gourde entraîne une augmentation rapide des prix. Ce phénomène, connu sous le nom de transmission du taux de change, se répercute directement sur les produits de base, les transports et l’énergie.
L’intervention de la BRH repose d’abord sur un impératif légal : préserver la valeur de la monnaie nationale. Une inflation élevée affaiblit la gourde, décourage l’investissement et complique la gestion des entreprises.
Mais l’enjeu est également social. L’inflation affecte davantage les ménages à faibles revenus, peu protégés contre la hausse des prix. Elle constitue ainsi un facteur majeur de vulnérabilité économique.
Enfin, la lutte contre l’inflation demeure essentielle pour maintenir la confiance. En période d’incertitude, les anticipations de hausse des prix peuvent elles-mêmes alimenter l’inflation, créant un cercle vicieux difficile à briser.
Pour répondre à ces défis, la BRH mise sur une stratégie progressive et disciplinée. L’institution cherche notamment à limiter les fluctuations brusques du taux de change afin de réduire l’incertitude économique.
Elle a également renforcé ses opérations d’absorption de liquidité, notamment à travers l’émission de bons BRH à différentes maturités (7, 28 et 91 jours), le maintien des réserves obligatoires ainsi qu’un suivi étroit du système bancaire. L’objectif est d’éviter un excès de liquidité susceptible d’alimenter la demande de devises et la hausse des prix.
Au-delà des instruments monétaires, la BRH insiste sur l’importance de la transparence et de la constance dans l’action publique. Selon l’institution, la stabilité des prix dépend aussi de la capacité des autorités à inspirer confiance et à ancrer les anticipations économiques.
À travers ce « Mot du Gouverneur », la banque centrale entend ainsi éclairer les acteurs économiques et renforcer la compréhension des enjeux macroéconomiques. Car préserver la valeur de la monnaie, c’est aussi protéger le quotidien des citoyens.






