Réuni les 21 et 22 mai 2026 au Belize à l’occasion de la 66e Réunion des gouverneurs des banques centrales de la CARICOM, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Ronald Gabriel, a dressé un tableau préoccupant de la situation économique haïtienne dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la hausse des prix du pétrole et le ralentissement de la croissance mondiale. Face aux dirigeants monétaires de la Caraïbe, il a plaidé en faveur d’un renforcement de la coopération régionale afin d’aider les économies les plus vulnérables à mieux résister aux chocs externes.

Accueillie par la Banque centrale du Belize, cette 66e réunion des gouverneurs des banques centrales de la Communauté des Caraïbes a réuni les principaux responsables monétaires de la région autour des grands défis économiques et financiers auxquels la Caraïbe est confrontée.

Dans son intervention, Ronald Gabriel a insisté sur la multiplication des risques mondiaux qui affectent particulièrement les petites économies dépendantes des importations, comme Haïti. Il a évoqué la fragmentation géopolitique croissante, les perturbations des chaînes commerciales, le durcissement des politiques migratoires ainsi que les nouvelles tensions sur les marchés énergétiques.

Le gouverneur de la BRH a notamment souligné les conséquences du choc pétrolier provoqué par les tensions dans le détroit d’Ormuz, liées à l’intensification du conflit avec Iran depuis mars 2026. Selon lui, la hausse des prix internationaux du pétrole a rapidement affecté l’économie haïtienne, fortement dépendante des importations de produits pétroliers.

Cette situation a entraîné une augmentation des prix des carburants en avril et pourrait raviver les tensions inflationnistes dans le pays. Après être passée de 32,2 % en octobre 2025 à 20,6 % en mars 2026, l’inflation risque de repartir à la hausse sous l’effet combiné de l’augmentation des coûts énergétiques et de la progression des prix alimentaires mondiaux.

Ronald Gabriel a également rappelé que Fonds monétaire international (FMI) a abaissé ses prévisions de croissance mondiale à 3,1 % pour 2026, dans un environnement où les risques économiques demeurent fortement orientés à la baisse pour les pays les plus fragiles.

Face à cette conjoncture, le gouverneur de la BRH a mis en évidence la situation particulière d’Haïti au sein de la région caribéenne. Alors que plusieurs économies de la CARICOM continuent d’enregistrer une croissance soutenue par le tourisme et les exportations, Haïti reste confrontée à une contraction économique prolongée et à une aggravation de la vulnérabilité sociale.

Selon lui, cette différence s’explique moins par l’exposition aux chocs mondiaux que par l’inégale capacité des États à absorber ces crises. Il a ainsi plaidé pour une coopération régionale plus stratégique, notamment dans les domaines énergétique, commercial et financier.

Le gouverneur haïtien a particulièrement insisté sur le potentiel du Guyana comme futur levier énergétique régional. Il estime que le renforcement de la coopération énergétique au sein de la Caraïbe pourrait contribuer à réduire la dépendance des économies insulaires aux fluctuations des marchés mondiaux.

Ronald Gabriel a également appelé les banques centrales de la CARICOM à parler d’une seule voix dans les grandes instances internationales afin d’obtenir un meilleur accès aux financements climatiques, des mécanismes plus souples de traitement de la dette ainsi que des réformes du système financier international.

Malgré les difficultés, le gouverneur de la BRH a affirmé que la banque centrale haïtienne poursuit un « agenda de résilience » axé sur la stabilité monétaire, l’inclusion financière et la modernisation du système de paiement. Il a notamment évoqué les efforts engagés pour développer des solutions numériques inspirées de M-Pesa au Kenya et de PIX au Brésil, afin de réduire l’utilisation du cash dans un contexte sécuritaire difficile.

Ronald Gabriel a enfin salué le rôle crucial de la diaspora haïtienne, dont les transferts continuent de soutenir l’économie nationale et de stabiliser le taux de change malgré le durcissement des politiques migratoires dans plusieurs pays.

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