Cinq années se sont écoulées depuis la nuit tragique du 7 juillet 2021, lorsque le président Jovenel Moïse a été assassiné dans l’intimité de sa résidence privée de Pèlerin 5. En ce jour de commémoration, Haïti se réveille avec un amer sentiment de déjà-vu. Le dossier judiciaire piétine à Port-au-Prince, les institutions demeurent fragiles et le peuple attend toujours de pouvoir glisser un bulletin dans l’urne. Le dernier chef d’État élu du pays est mort, emportant avec lui les derniers vestiges d’un ordre constitutionnel déjà vacillant.
Alors que la justice américaine a considérablement progressé, condamnant plusieurs acteurs clés de l’assassinat à la prison à perpétuité à Miami, le volet haïtien de l’enquête ressemble toujours à un labyrinthe sans issue. Menaces contre les magistrats, succession de juges d’instruction, lenteurs judiciaires, soupçons de corruption : l’impunité continue de dominer.
Cinq ans après les faits, les Haïtiens attendent toujours de connaître l’identité des véritables commanditaires et financiers de l’attaque menée contre la résidence présidentielle de Pèlerin 5.
Une transition sans fin
Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, le pays traverse une transition politique qui semble interminable.
D’abord, Claude Joseph a assuré la gestion de la crise immédiate. Puis, Ariel Henry a pris les rênes du gouvernement. Son mandat a été marqué par une aggravation spectaculaire de la violence des gangs, une paralysie politique persistante et s’est achevé par une démission sous pression.
L’arrivée de Garry Conille n’aura constitué qu’une parenthèse, sans permettre de redresser durablement la situation. Aujourd’hui, Alix Didier Fils-Aimé tente de maintenir le cap dans un contexte sécuritaire et politique toujours extrêmement fragile.
Face à l’enlisement, Communauté caribéenne a joué un rôle déterminant dans la mise en place d’une formule inédite : le Conseil présidentiel de transition. Malgré cette nouvelle architecture institutionnelle, l’exécutif peine encore à asseoir son autorité face à des groupes armés qui contrôlent une large partie du territoire.
Près d’une décennie sans élections
Le constat est sans appel. Haïti n’a organisé aucun scrutin national depuis près de dix ans. Le Parlement est dysfonctionnel, les collectivités territoriales sont administrées par des responsables intérimaires et le vide institutionnel s’est progressivement installé comme une norme.
Aujourd’hui, l’un des principaux défis des autorités de transition consiste à rétablir les conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles, tout en tentant de répondre à une crise sécuritaire qui ne cesse de s’aggraver.
Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, Haïti ne cherche pas seulement à rendre justice à un président assassiné. Le pays lutte avant tout pour retrouver un État fonctionnel et préserver son avenir démocratique. Entre l’exigence de justice et l’urgence du retour à l’ordre constitutionnel, la Perle des Antilles continue de chercher sa boussole.





