Une rumeur infondée faisant état d’un prétendu taux de contamination de 87 % à Carrefour, une note controversée attribuée au chef du gang 400 Mawozo exigeant un test de dépistage du VIH pour accéder à son fief, puis une vidéo virale dans laquelle une influenceuse affirme avoir transmis le VIH à plusieurs jeunes Haïtiens vivant en République dominicaine : en l’espace de quelques semaines, ces épisodes ont ravivé les inquiétudes autour du VIH/Sida en Haïti.
Sur le terrain, plusieurs jeunes reconnaissent vivre dans la peur et hésiter à se faire dépister, malgré les appels des autorités sanitaires à privilégier les faits scientifiques plutôt que les rumeurs.
Entre rumeurs et réalité
À la fin du mois de mai, une rumeur largement relayée sur les réseaux sociaux affirmait que 87 % des jeunes femmes et hommes de la commune de Carrefour étaient porteurs du VIH. Cette affirmation, dépourvue de tout fondement, a rapidement suscité un climat d’inquiétude.
Face à cette désinformation, le ministre de la Santé publique, Bertrand Sinal, a catégoriquement démenti ces chiffres. Il a rappelé que le VIH demeure un enjeu majeur de santé publique qui appelle à la vigilance, à la prévention et au dépistage régulier, et non à la diffusion de fausses informations.
Quand les gangs s’emparent du sujet
Quelques semaines plus tard, un autre épisode est venu alimenter les discussions. Le chef du gang 400 Mawozo, connu sous le nom de Lanmò 100 Jou, a diffusé un avis demandant aux femmes souhaitant entrer dans son fief de présenter un certificat de dépistage du VIH. Le document évoquait également la présence de médecins chargés de réaliser des tests sur place.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le chef de gang a justifié cette mesure en affirmant vouloir protéger ses hommes. Il a également déclaré que plusieurs groupes armés compteraient des personnes vivant avec le VIH.
Ces affirmations n’ont fait l’objet d’aucune confirmation de la part des autorités compétentes. De même, les allégations faisant état de cas de VIH au sein du gang 400 Mawozo n’ont pu être vérifiées de manière indépendante.
Une vidéo virale qui alimente les inquiétudes
Le jeudi 2 juillet, une nouvelle vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit une influenceuse haïtienne vivant en République dominicaine, connue sous le nom de Shelsee, affirmer avoir transmis le VIH à plusieurs jeunes Haïtiens résidant dans ce pays.
À ce jour, aucune autorité sanitaire n’a confirmé les déclarations contenues dans cette vidéo. Elles doivent donc être considérées avec la plus grande prudence.
La peur du résultat, plus forte que le dépistage
Au-delà des rumeurs et des contenus viraux, une réalité persiste : la peur de connaître son statut sérologique.
À Delmas, plusieurs jeunes interrogés disent hésiter à effectuer un test de dépistage, redoutant de ne pas pouvoir faire face à un éventuel diagnostic positif.
C’est le cas de Dayenne, une jeune femme d’une vingtaine d’années. Elle affirme n’avoir jamais réalisé de test de dépistage, tout comme son partenaire. Elle explique également qu’elle n’apprécie pas l’utilisation du préservatif, qu’elle supporte mal, et préfère ne pas connaître son statut sérologique.
« J’ai peur de savoir. Si jamais le résultat est positif, je ne sais pas comment je vais vivre avec ça », confie-t-elle.
Steevenson, 29 ans, reconnaît pour sa part avoir une vie sexuelle active avec plusieurs partenaires. Il admet avoir régulièrement des rapports non protégés et affirme que les récents événements ont renforcé ses inquiétudes.
« Aujourd’hui, je réfléchis beaucoup. Je me demande si je dois faire le test, mais j’ai peur du résultat », raconte-t-il.
À l’inverse, Vanessa Daniel, 31 ans, enseignante et entrepreneure, explique que cette succession de rumeurs et de témoignages l’a incitée à agir. Elle prévoit de se rendre dans un centre de santé avec son partenaire afin d’effectuer un test de dépistage.
« Nous préférons connaître notre statut plutôt que de vivre dans le doute. C’est une décision que nous prenons pour nous protéger et protéger notre avenir », explique-t-elle.
Le dépistage demeure la meilleure protection
Les professionnels de santé rappellent que le dépistage précoce constitue l’un des principaux outils de lutte contre le VIH. Une personne vivant avec le virus peut aujourd’hui bénéficier d’un traitement efficace lui permettant de vivre longtemps, en bonne santé, tout en réduisant considérablement le risque de transmission.
À l’inverse, la peur, les rumeurs et la stigmatisation peuvent retarder le recours au dépistage et favoriser une transmission silencieuse du virus.
Dans un contexte où les réseaux sociaux accélèrent la circulation des informations, qu’elles soient exactes ou non, les autorités sanitaires invitent la population à consulter des sources fiables, à adopter des pratiques sexuelles protégées et à effectuer un test de dépistage après toute situation présentant un risque d’exposition.




